Actrice engagée et féministe

17 juin 2015

créditMaude Chauvit-55_

Comédienne, mais aussi auteure et cofondatrice du Théâtre de l’Affamée, Marie-Ève Milot a plus d’une corde à son arc. Et elle est partout : au cinéma dans Ego Trip aux côtés de Patrick Huard, à la télé dans Mensonges, Le Berceau des anges et bientôt Les pays d’en haut, et à l’automne sur les planches avec la pièce Si les oiseaux. Rencontre avec ce petit bout de femme plein d’énergie et de convictions.

C’est dans un café de la rue Masson que Marie-Ève me donne rendez-vous. Elle vient tout juste d’emménager dans ce quartier populaire, aux rues commerciales achalandées. Et, sans surprise, elle s’y sent bien, car, à trente et un ans, Marie-Ève a beau être une actrice dont la carrière va bon train, elle n’a pas pour un sou l’attitude d’une vedette.

Au contraire, celle que l’on a pu voir dans des téléséries comme Mirador, Mémoires vives ou Sam Chicotte ou au théâtre dans Sunderland (avec Catherine Anne Toupin) et Peter et Alice est une citoyenne engagée qui a œuvré plusieurs années auprès d’adolescents issus de milieux défavorisés du quartier Saint-Michel. « On écrivait des pièces de théâtre sur des thématiques qui leur parlaient, comme les gangs de rue ou l’hypersexualisation. » Elle a ensuite travaillé durant deux ans au sein d’un centre d’hébergement pour femmes en difficulté. Marie-Ève a besoin de se sentir utile à la société, et si son engagement passe par une implication communautaire, il se fait aussi entendre par la voie de l’écriture. L’actrice a en effet fondé avec Marie-Claude Saint-Laurent, son amie de toujours, sa propre compagnie de théâtre, l’Affamée, dont la mission est bien particulière : « Nous créons des pièces de théâtre dans une perspective  féministe. » L’an dernier, les deux complices, qui écrivent à quatre mains, ont mis sur pied Cours à scrap, une pièce dont les thèmes sont directement inspirés de l’expérience que la comédienne a vécue au centre de ressources pour femmes. L’hiver prochain, elles aborderont avec Chiennes le difficile sujet des troubles anxieux chez les femmes.

Une fille de la campagne

Mais qu’est-ce qui a poussé cette jeune femme originaire de Danville, un village de 3 000 habitants situé en Estrie, à devenir une citoyenne engagée? « Dans ma région natale, on n’avait pas accès à la culture. » Heureusement, alors qu’elle a douze ans, un travailleur social décide de donner des cours de théâtre aux jeunes du village. « Grâce à lui et à ses ateliers, j’ai découvert l’écriture. J’ai écrit ma première pièce à cette époque-là et j’ai su alors que je voulais devenir comédienne. »

À seize ans, déterminée et fonceuse, Marie-Ève part pour la ville, étudie deux ans au Conservatoire Lassalle, puis entre à l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe. Les premiers rôles s’enchaînent ensuite naturellement.

Son parcours, Marie-Ève sait qu’il est exceptionnel pour quelqu’un qui vient d’un village comme le sien. Il y a deux ans, son ancienne école d’Asbestos l’a d’ailleurs invitée à faire une conférence auprès des élèves sur la persévérance scolaire. « J’ai réalisé que le milieu dans lequel j’avais grandi n’ouvre aucune porte sur la culture. Il y a une réelle pauvreté de ce côté-là et je trouve cela d’une tristesse infinie. La culture et l’éducation nous permettent de devenir de bons citoyens et de bons êtres humains. » Tout est dit. Et l’on comprend mieux pourquoi elle met aujourd’hui toute son énergie au service de la création sous toutes ses formes.

film_0028

Ego trip

Cet été, Marie-Ève sera à l’affiche dans le film Ego trip aux côtés de Patrick Huard et d’Antoine Bertrand. « Nous avons tourné dans des quartiers pauvres en République dominicaine, parce que ce n’était pas possible en Haïti. C’était une expérience incroyable, car lorsque tu joues en studio, tu dois t’imaginer que t’es ailleurs. Là, nous étions sur place. Les bruits, les odeurs, la participation de la population locale : nous nous sommes imprégnés de l’ambiance, c’était très enrichissant. » Marie-Ève incarne une agente en communication qui travaille pour une ONG en Haïti, cinq ans après le séisme. Pourtant, si cette fonction semble bien noble, les motifs qui poussent le personnage à agir le sont moins. « Mon personnage est très individualiste, égocentrique et carriériste. » Et d’ajouter : « C’est un véritable rôle de composition. » Était-il besoin de le préciser?

Ego trip de Benoît Pelletier sera sur les écrans dès le 8 juillet.

Le Théâtre de l’Affamée est sur Facebook.

Sur la table de chevet de Marie-Ève

  • La revue Nouveau projet : Je m’y suis abonnée.
  • Second début : cendres et renaissance du féminisme de Francine Pelletier, Éd. Atelier 10
  • Le quatrième mur de Sorj Chalendon, Éd. Le livre de poche
  • La revue de théâtre Jeu : En septembre, j’y publierai un article intitulé Pour en finir avec « Je suis féministe, mais… » pour le dossier Nouveaux territoires du féminisme.

- Diane Stehlé

Photographie: Maude Chauvit

Commentaires

commentaires