Amoureux des mots et du beau

26 novembre 2015

PortraitFélix

Son nom vous est peut-être encore inconnu. Et pourtant, il fait partie du paysage musical québécois depuis plus de quinze ans. Membre fondateur du groupe montréalais Chinatown, auteur-compositeur, musicien de tournée de Pierre Lapointe, Félix Dyotte a sorti cet été son premier album solo éponyme, pour lequel il a été finaliste du prix Félix-Leclerc de la chanson. Rencontre avec un artiste aux multiples talents.

Tout de noir vêtu, il arrive légèrement en retard, s’excuse, sourit, prend le temps de me parler de la pluie et du beau temps, histoire de m’apprivoiser un instant, avant de se lancer. À mes questions il répond volontiers, sans jamais s’éterniser. Il parle de son travail comme de celui d’un artisan, son album ayant été enregistré presque entièrement chez lui, loin de la perfection formatée des enregistrements en studio. « Avec les moyens techniques d’aujourd’hui, on peut faire du très bon travail chez soi », précise Félix Dyotte. Ce qui ne l’a pas empêché de faire preuve d’une grande rigueur. Car si l’on sent chez cet artiste une envie de se détacher des contraintes imposées par l’industrie de la musique (il a produit lui-même son album), on remarque aussi immédiatement son souci du détail et son goût prononcé pour le beau.

Ainsi, malgré un budget serré, Félix Dyotte tenait à insérer un quatuor à cordes dans plusieurs de ses chansons. Il a aussi fait appel à des musiciens et amis de talent, notamment Francis Mineau (Malajube), Philippe Brault et Kandle Osborne. Il en ressort un album à son image : sensible, touchant, sobre comme son chandail noir. Par des textes et musiques bien ciselées, l’auteur-compositeur-interprète nous entraîne dans des sphères poétiques et intimes, toutes en clairs obscurs.

S’inscrivant dans une certaine tradition de la chanson française, Félix Dyotte raconte la vie à deux, l’incommunicabilité des êtres, le chagrin d’amour, le doute ou encore le coup de foudre. « Ce sont des sujets universels. On a beau vouloir s’en éloigner, on y revient toujours », dit-il. Toutefois, abordés avec humour et accompagnés d’arrangements pop comme dans Avalanches, ceux-ci évitent l’écueil du sentimentalisme lourd. « J’avais envie d’ingénuité et de candeur. C’est ma façon de traiter de questions difficiles. »

De Chinatown à Avalanches

Ayant grandi dans une famille où les livres prenaient une grande place, Félix a toujours aimé les mots. Mais c’est surtout quand, au début de la vingtaine, il s’est retrouvé seul en appartement, « sans téléphone et sans Internet », qu’il a commencé à écrire. Aujourd’hui, en plus de composer ses chansons, il prête sa plume à d’autres artistes. « Souvent des femmes, note-t-il, sans doute parce que j’arrive à me mettre dans leur peau. » Quant à la musique, elle a toujours été là. « À sept ans, je m’imaginais dans un groupe de rock avec un ami. Je jouais de la batterie sur des casseroles et j’avais un balai en guise de micro, tandis que lui jouait sur une vieille guitare. Ça a toujours été mon rêve. »

Un rêve qui s’est vite concrétisé, puisqu’en 1997, Félix enregistre l’album Some People avec le groupe The Undercovers (qui deviendra The Stills). Quelques années plus tard, en 2006, il fondera Chinatown, qui récoltera le succès que l’on connaît. Toutes ces aventures de groupe lui apporteront l’expérience et la confiance nécessaires pour se lancer en solo. « Quand on était en studio pour enregistrer notre deuxième album, je pensais déjà à mon premier disque. Mais je garde un excellent souvenir des années Chinatown. » Il y a trois ans, la séparation s’est faite en douceur. Puis, durant deux ans, il a sillonné le Québec aux côtés de son ami Pierre Lapointe avec le spectacle Punkt tout en peaufinant son album.

Peaufiner est bien le mot, car Félix Dyotte ne s’est pas contenté de composer paroles et musique ni de faire les voix, claviers et synthétiseurs. Artiste multidisciplinaire, il a aussi réalisé plusieurs dessins et photos qui figurent sur la (magnifique) pochette du disque. Esthète et convaincu que l’art et la science vont souvent de pair, il n’a pas hésité à demander à un ami mathématicien de l’aider à créer un calligramme en forme de cercle grâce à de savants calculs. Une idée atypique qui démontre bien l’esprit créatif et poétique de Félix Dyotte. En me quittant, il me confie d’ailleurs qu’il vient de réaliser un herbier « pour apprendre tous les noms des arbres qu’il y a ici ».

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Félix Dyotte (Coyote Records)

felixdyotte.com

- Diane Stehlé

Photographie: Jeanne Joly

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