Avoir la main heureuse

13 juin 2013

Chapeau :

Ils sont cinq. Trois frères, Vincent, Simon et David, et leurs cousins germains, André-François et Kimpton, deux frères. Aussi unis que les doigts de la main, les trois frères, qui sont grands, minces et très ressemblants, pourraient se comparer aux doigts du centre, alors que les cousins, sans ressemblance entre eux ou avec les autres, évoqueraient plutôt le pouce et le petit doigt. Au poker, ils formeraient une main pleine (full). Quoi qu’il en soit, leurs forces individuelles se rejoignent au creux de cette main.

Ces Blanchette, du nom de la fratrie paternelle, sont tous originaires du même endroit, Sept-Îles. Même ascendance, même patelin, mêmes modèles – leur grand-père et leurs pères étaient des hommes d’affaires : il n’en fallait pas plus pour tisser de forts liens de solidarité dans le clan Blanchette. Des liens qui servent aujourd’hui de trame de fond à leurs activités entrepreneuriales.

La petite histoire

Tout a commencé en 1995 quand Vincent et André-François se sont retrouvés à Québec, étudiants et colocataires. Obnubilés par l’idée de se lancer en affaires, ils rêvent de trouver le filon qui les rendra riches et célèbres, filon qui se présente sous la forme d’un… dépanneur en faillite. Ils l’acquièrent, en 1996, avec le peu de comptant qu’ils ont et un improbable prêt bancaire. Quand Simon arrive à Québec, fin 1997, il s’associe aux deux propriétaires. En route vers la richesse, c’est d’abord le travail que les entrepreneurs en herbe trouvent sur leur chemin. « Quand on a acheté le dépanneur, se rappelle André-François, on pensait que ça y était, mais c’est là que notre calvaire a commencé : deux ans à faire des semaines de 80 heures et plus et à tenir l’affaire à bout de bras. La nuit, on rénovait, le jour, on tenait la caisse et on faisait des livraisons. » Vincent renchérit : « On a vécu plusieurs années de vaches maigres. » Trois ans plus tard, en 2000, David s’amène aussi. À quatre, les choses deviennent plus faciles et les possibilités, plus nombreuses. Quelques acquisitions, ici et là, leur permettent d’accroître leurs actifs. Lorsque Kimpton les rejoint, en 2004, il prend la direction du Star Bar, nouvellement construit à proximité de l’Université Laval. Dès lors, la « dynastie » est complète et les affaires vont bon train. « Le dernier arrivé embarquait dans la prochaine affaire en vue », explique Vincent. Et, bien que leurs forces diffèrent, tout le monde semble avoir trouvé sa place. Aujourd’hui, le convoi des Blanchette comprend notamment, en plus du dépanneur et du Star Bar, les établissements La P’tite Grenouille (trois boîtes à chansons dans la région de Québec et deux franchises, à Jonquière et Rimouski), les restaurants Frit’s Burgers Poutines et Saladshop, de Sainte-Foy et Thaïzone, leur locomotive. Cette chaîne de restauration rapide, lancée en 2007 avec deux nouveaux associés « adoptés » pour la cause, Marie-Christine Martel et Pascal Leclerc, compte maintenant 19 franchises réparties à travers la province et plusieurs autres devraient suivre. Les partenaires s’apprêtent d’ailleurs à lancer une gamme de produits asiatiques congelés dans les épiceries IGA.

Le carburant de base

Mais de quel bois se chauffent les frères et cousins Blanchette pour se retrouver, dans la trentaine, parmi les entrepreneurs à succès du Québec? « Tout ce qu’on fait, ça part beaucoup des rêves et de la passion, confie Vincent. On a toujours rêvé de posséder une chaîne du genre McDonald’s et maintenant, avec Thaïzone, on a la nôtre. On fait beaucoup de visualisation et, étonnamment, ça prend forme. » Selon André-François : « Vincent et moi, on a toujours eu plein d’idées dans la tête. Notre but ultime, c’était de devenir financièrement indépendants et on passait nos soirées à se créer un monde utopique dans lequel on y arrivait. » Comme c’est souvent le cas, le rêve constitue le carburant principal de leur mécanique entrepreneuriale, tandis que le travail en reste le moteur. Bien sûr, un peu de chance ne nuit pas : « Le vent a tourné du bon bord à plusieurs moments », commente Vincent.

Des valeurs communes

S’il est un mot qui les représente bien, c’est partage. Et cette valeur s’incarne particulièrement dans leur lieu de travail : une seule pièce occupée par une grande table, recouverte de paperasses et d’objets, partagée par les cinq Blanchette et leurs deux associés! Tous les jours, ils s’y réunissent pour déjeuner, travailler et partager les tâches et les responsabilités et pour discuter des dossiers et des projets sur la table (littéralement). « Je suis la seule fille du groupe et je ne peux pas dire que je suis mal traitée, plaisante leur partenaire Marie-Christine Martel. On travaille dans le plaisir et je me sens comme un membre de la famille. » « On est gâtés par la vie d’être ensemble et de partager ça, admet Vincent. Tout seul, moi, ça ne m’intéresserait même pas! » André-François conclut : « Y’a une vérité absolue dans le groupe : faut que le bonheur soit là, sinon ça va rattraper tout le monde. »

Ils s’entendent également pour dire que leur lien familial contribue à garder l’unité de la cellule et que ce lien se solidifie avec le temps, allant jusqu’à susciter l’admiration de chacun pour les autres membres du groupe. Bref, la relation d’affaires nourrit la relation familiale et celle-ci renforce l’autre. Ils partagent même un chalet commun où ils se retrouvent pour les loisirs! Il faut dire que pour l’instant les jeunes hommes, toujours célibataires, se consacrent totalement à leurs affaires. « Nos entreprises nous tirent autant d’énergie que des enfants, confie Kimpton, alors on les gère comme des parents. Les enfants viendront. »

Le secret de l’harmonie des Blanchette résiderait peut-être dans les préceptes mis de l’avant par Dale Carnegie dans le célèbre Comment se faire des amis, vendu à plus de 40 millions d’exemplaires dans le monde depuis 1936. Basée surtout sur le respect de l’autre, cette méthode leur sert de guide en toutes occasions.

Ainsi, au-delà du temps, des modes et des technologies modernes, c’est grâce à quelques valeurs traditionnelles – la famille, le partage, le respect – que de jeunes entrepreneurs [bien attachants] trouvent le bonheur et le succès. C’est bien pour dire…

- Sylvie Lamothe

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