Baby-boomers, réveillez-vous!

13 juin 2016

En mars dernier, Janette Bertrand publiait le livre La vieillesse par une vraie vieille, un véritable cri du cœur s’adressant aux baby-boomers qui, « gavés d’idéalisme et de liberté » et « en quête de perpétuelle jeunesse », semblent pourtant se préparer à aller jouer aux poches dans l’une des 900 résidences pour personnes âgées du Québec, plutôt que de se préparer à cette « seconde vie d’adulte » qui commence. Elle a accepté de répondre à nos questions. Sans filtre, bien sûr. Avec Janette, c’est comme ça.

Janette Bertrand crédit Julien Faugère (HR)

La vieillesse par une vraie vieille : pourquoi ce titre?

Ceux qui écrivent sur la vieillesse, qu’ils soient médecins, psychologues, démographes, sociologues ou autres, sont des jeunes. Alors un jour, puisque personne ne me demandait comment on se sent quand on vieillit, j’ai décidé de l’écrire.

Pourquoi parler aux baby-boomers?

Ils semblent croire qu’ils se la couleront douce pendant toutes ces années de liberté qui viennent. La réalité, c’est que ne rien faire n’a jamais valorisé personne. Si je n’avais qu’un message à passer, ce serait celui-là. Le Québec comptait 1 800 centenaires en 2014, et ce chiffre va en augmentant très rapidement. Pas seulement parce que les baby-boomers vieillissent, mais aussi en raison des progrès de la médecine. Vivre jusqu’à 90 ans, ce n’est plus rare. Alors, la retraite que beaucoup envisagent comme des « vacances » va durer 25 ou 30 ans. C’est long. Comme je le dis dans mon livre : « Trente ans à ne rien faire, moi, je capote. »

Comment faire changer les choses?

En Chine, on dit qu’un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. Ici, on n’apprécie pas les vieux. On ne veut même pas les regarder. Tout ce qui ressemble à la mort fait peur. On ne veut pas voir quelqu’un qui est diminué. Alors, si les baby-boomers n’ont pas envie de se retrouver ainsi ignorés, isolés ou… placés, il n’en tient qu’à eux. Le pouvoir, ils l’ont pris, tout au long de leur vie active. Pourquoi arrêteraient-ils maintenant? On dirait qu’ils « surfent » sur l’élan de la génération avant eux : ils parlent de se reposer et de jouer au golf. Comme si ça remplissait une vie! Il y a quelque chose qu’ils n’ont pas compris, eux qui ont pourtant été de grands revendicateurs. Il va falloir qu’ils continuent à « brasser la cage », s’ils ne veulent pas finir stationnés quelque part.

Comment éviter la ghettoïsation des vieux?

Si on attend que les jeunes le fassent pour nous, on va attendre longtemps. C’est à nous de faire quelque chose, de prendre notre place : enseigner, partager, ouvrir des écoles. Après avoir passé 40 ou 50 ans sur le marché du travail, on connaît son métier. On ne va pas s’arrêter là! Il faut transmettre notre expertise, à tous les niveaux. Je veux que les vieux aient une alternative. Qu’ils puissent continuer à apprendre, changent de carrière, s’organisent! Il leur reste 30 ans à vivre, ils ne vont pas seulement passer ce temps avec d’autres vieux!

Vous venez d’avoir 91 ans. Avez-vous peur de la mort?

J’ai passé l’année de mes vingt ans dans un sanatorium, atteinte de tuberculose, la maladie qui venait d’emporter ma mère. Quand j’ai été guérie, je me suis dit : « Amenez-en, de la vie! » C’est ce qui m’a inspirée. J’ai peur de l’Alzheimer, peur d’être un poids pour les autres, mais pas de la mort.

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Janette, une douce révolutionnaire

Elle ne s’est jamais laissé guider par l’ordre établi. Elle ose dire, ose faire, ose demander : elle a le tour de nous faire avancer. Son prochain roman, déjà en préparation, abordera la question de l’infidélité et de la bisexualité. « C’est le dernier des tabous », explique-t-elle.

Dans la vie, Janette Bertrand y est toujours, et pas à moitié. Parfois avec une canne, ou même en chaise roulante, mais encore et toujours à 100 %.

Extrait de la lettre que Janette Bertrand adresse aux baby-boomers

Ce que j’observe : ceux qui n’ont pas réfléchi à cette seconde vie d’adulte qui leur est offerte et n’ont pas fait de plans pour combler ces nombreuses années d’inactivité se retrouvent après un ou deux ans de liberté dans les bureaux de médecin pour anxiété, angoisse, dépression, troubles érectiles, etc. Ce n’est pas pour rien que les fabricants d’antidépresseurs et de Viagra font fortune. Appréhension, sentiment de flottement, les retraités qui se replient sur eux-mêmes se négligent. Ils voient de moins en moins de monde. Ils s’isolent. Trente ans d’isolement, alors que l’être humain est essentiellement social, il y a de quoi être malade.

— Que faire?

C’est quand on est adulte pour la première fois qu’on doit penser à sa deuxième vie d’adulte, la préparer sérieusement.

Merci aux Éditions Libre Expression de nous permettre de reproduire cet extrait.

- Renée Senneville

Photographie: Julien Faugère

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