Charlebois complètement cirque

13 juin 2016

Robert Charlebois CR_Sylvain Dumais_Léger

Le Cirque du Soleil présentera cet été la deuxième mouture de sa série Hommage : Tout écartillé. Créé et produit par 45 Degrees, la compagnie des projets spéciaux du Cirque du Soleil, ce spectacle rendra hommage à l’auteur-compositeur-interprète et musicien Robert Charlebois, figure de proue de la chanson québécoise depuis plus de 50 ans. Le thème du voyage a servi de trame à cette nouvelle création. Réactions de l’hommagé lui-même, Robert Charlebois.

Comment se sent-on quand on apprend que le Cirque du Soleil va nous consacrer le prochain spectacle de sa série Hommage?

Comme le plus grand clown au monde! C’est plus qu’un hommage, c’est une consécration! C’est comme chanter avec un orchestre symphonique; on ne peut pas aller beaucoup plus haut! J’ai toujours suivi le Cirque du Soleil, et je n’aurais jamais pensé que ça m’arriverait un jour.

Avez-vous participé à la conception du spectacle?

Non, je me sentirais inutile d’aller mettre mon nez là-dedans. Je veux laisser les créateurs [qu’il appelle des « dresseurs de poils sur les bras »] libres de créer. J’avance en toute confiance, les yeux fermés et les oreilles ouvertes. Je sais qu’ils vont vouloir m’épater, m’émouvoir. D’ailleurs, je leur ai demandé de ne rien me raconter. Tout ce que je sais, c’est que ça va s’articuler autour du voyage et qu’ils ont choisi une quinzaine de chansons dans mon répertoire.

Pourquoi avez-vous dû réenregistrer les chansons du spectacle?

Parce que les pistes originales de mes chansons avaient été retouchées et que ma voix avait été effacée sur plusieurs d’entre elles. Et c’est une bénédiction, parce qu’à mon humble avis, je les chante beaucoup mieux que quand je les ai créées, avec beaucoup plus d’émotion et d’énergie dans la voix. Je les ai refaites exactement comme si j’étais sur scène. D’ailleurs, les nouveaux arrangements respectent mieux la version originale tout en sonnant 2016. Ce que les concepteurs vont faire, c’est d’exacerber mes chansons.

À propos de votre présence à la première, vous avez dit : « J’espère rire autant que je vais pleurer ». Vous vous attendez à vivre beaucoup d’émotions?

Oui, parce que c’est ça le cirque, c’est passer du rire aux larmes. Je m’attends à vivre des émotions par l’ampleur des arrangements musicaux et par le délire visuel qu’ils auront imaginé. C’est un des plus beaux cadeaux que je pouvais recevoir, faudrait être un idiot complet pour ne pas être ému par ce genre d’hommage, d’autant que je suis un fan du Cirque du Soleil depuis toujours.

À 72 ans, cette consécration bien spéciale vous incite-t-elle à continuer votre carrière ou, au contraire, à quitter la piste?

Je suis tributaire de mon énergie, mais j’ai encore des rêves. J’ai fait des chansons qui ont traversé l’océan, mais aucune qui a fait le tour du monde, comme La mer de Charles Trenet. Mon fantasme absolu, c’est de créer la petite chanson simple qui va faire le tour du monde. La chanson qui va faire danser, pleurer, réfléchir… Quand on est un artiste, si on ne crée rien de nouveau, on est mort, mais, en même temps, ce qu’on crée, est-ce que ça va être en phase avec ce que le public attend? On ne sait pas. Je dois écouter ma voix intérieure et choisir la beauté, en me foutant de tourner ou pas à la radio. Au moins j’aurai la satisfaction d’avoir apporté du beau, et si les gens répondent, tant mieux.

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Tout écartillé, du 13 juillet au 13 août à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières. Billets en vente au www.amphitheatrecogeco.com. Synopsis : Sur les traces d’un aviateur rétrofuturiste aux allures de Lindberg en quête du voyage perpétuel, les spectateurs seront conviés à un plongeon vertigineux dans l’univers éclectique, ébouriffé, poétique et teinté d’audace de l’un des plus célèbres enfants terribles de la musique québécoise. Un spectacle porté par l’imaginaire débridé de Charlebois où le voyage sera toujours plus important que la destination.

Le 12 avril dernier, Robert Charlebois lançait une tournée européenne sur la scène du Bobino, à Paris, avec le spectacle conçu pour souligner ses 50 ans de carrière. Dithyrambiques, les critiques parues le lendemain soulignaient « sa forme […] olympique et sa voix tonique », ainsi que le fait qu’il « n’en finit pas de séduire » (Le Figaro), tout en le décrivant comme « bondissant, drôle, ivre d’une énergie qu’il dilapide à tout va, pitre et rocker tour à tour » (Le Monde). Devant une salle parsemée de vedettes françaises et québécoises, il a ouvert avec La complainte du phoque en Alaska de… Michel Rivard. « On me la demande constamment en me disant que c’est ce que j’ai écrit de mieux dans ma vie, alors… what the phoque? »

Pour toutes les dates de spectacle de Robert Charlebois au Québec dans les mois qui viennent : www.robertcharlebois.com.

- Sylvie Lamothe

Photographie: Sylvain Dumais-Léger

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