Courir pour apprendre la vie

5 octobre 2015

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Joan Roch se rend tous les jours au bureau en courant et ses allers-retours totalisent 120 km par semaine. Quand il ne travaille pas, il participe à des courses de 160 km sur sentier, donne des conférences sur le sujet et rédige un blogue suivi par des milliers de lecteurs. Il mène aussi une vie familiale bien remplie avec trois enfants de sept, cinq et trois ans. Cet ultramarathonien est-il tombé sur la tête?

Joan Roch me donne rendez-vous dans les bureaux d’ACCEO Solutions à Montréal, où il travaille comme informaticien. C’est un homme souriant aux longs cheveux bouclés, arborant un chandail rouge aux couleurs de la TransMartinique, une épreuve pour ultramarathoniens, qui se présente devant moi. Très loin du geek que je m’attendais à rencontrer. S’il avait porté un short, j’aurais pu croire qu’il venait tout juste de courir, car ce Longueuillois court 20 kilomètres par jour entre la maison et le travail. « C’est la seule solution que j’ai trouvée pour que ma passion ne nuise pas à ma vie personnelle », explique-t-il. Les fins de semaine, Joan range ses chaussures de sport et passe du temps avec sa femme et ses trois enfants. Au début, ça a été difficile, mais progressivement l’activité est devenue une routine, et même un excellent entraînement pour cet habitué des courses sur sentier de 160 kilomètres.

Ce natif de Poitiers, installé au Québec depuis quinze ans, a un impressionnant palmarès à son actif. Il a entre autres remporté le Bromont Ultra, la première course officielle de 165 kilomètres de la province, et s’est classé troisième en Virginie. En juillet dernier, il a terminé onzième au 161 kilomètres Solo du Vermont 100.

Discipline, persévérance et motivation

Tout a commencé il y a dix ans. Joan se met à courir, un peu comme tout le monde, pour faire du sport et se changer les idées. De l’appartement qu’il habite jusqu’au mont Royal, il court deux ou trois kilomètres, au début. Bien souvent, la montagne a raison de lui, mais, petit à petit, les distances s’allongent. Au point qu’en 2005, il s’inscrit à son premier semi-marathon… sans s’y présenter. L’année suivante, il va jusqu’au bout. De quoi lui donner la piqûre. En 2007, au marathon d’Ottawa, il termine en 3 h 14. « Je me suis alors mis en tête d’y arriver en moins de trois heures… Ça m’a pris quatre ans pour réduire mon temps de 15 minutes! » Une belle leçon d’humilité.

De marathon en marathon, Joan s’aperçoit qu’il n’aime pas courir parmi d’autres personnes. Il décide alors d’essayer la course sur sentier avec un ultramarathon de 58 km au mont Tremblant. « Je pensais que ce serait comme un 42 km, mais je ne m’étais pas rendu compte que courir en montagne, ce n’est pas du tout la même chose que courir sur route! Tu dois composer avec les cailloux, les racines, la boue, les montées et les descentes. » Il abandonne bien avant la fin. Mais, persévérant, il se remet à l’entraînement et termine avec un bon score, dès l’année suivante. « Je n’ai jamais refait de course sur route ». Bien que plus longue, la course sur sentier offre toujours un paysage différent. Et plutôt que la performance, elle met en avant le défi personnel. Des valeurs qui correspondent mieux à la personnalité de Joan.

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Apprivoiser l’imprévu

Depuis deux ans, Joan participe à des ultramarathons de 160 km. La compétition démarre le matin pour se terminer le lendemain. Ce qui veut dire que, la majorité du temps, la course s’effectue la nuit, lampe au front. « Dans certaines compétitions comme celle du Mont-Blanc, on court même deux nuits d’affilée. » Quand il n’en peut plus, il fait une sieste éclair, directement sur une roche. « J’ai déjà souffert d’hypothermie et d’hyperthermie, mais, avec l’expérience, on sait que ces malaises passeront. »

Avoir mal physiquement fait donc partie du jeu. Mais qu’apprend-on sur soi lorsqu’on court 160 km au milieu de nulle part? « On se rend compte qu’on est capable de faire face à de nombreux imprévus et de se réorienter. » Cette vision de la vie, Joan l’applique au quotidien et tente de l’enseigner à ses enfants. Avant de partir, il me confie d’ailleurs que son état d’esprit a changé en dix ans grâce à la course. « On a toujours le choix d’abandonner ou de continuer. Aujourd’hui, je sais que, quoi qu’il arrive, je n’abandonnerai plus aucune course. » Continuer ou abandonner : et si courir était une formidable métaphore de la vie?

Les projets de Joan

  • Une course en solo de Québec à Montréal (250 km) au profit de la Fondation du Dr Julien, organisée par son employeur ACCEO Solutions.
  • Un livre en 2016 : « Avec beaucoup de photos en couleurs et des récits de mes aventures. »
  • Un changement de carrière : « J’espère pouvoir vivre de mes courses, de mes conférences et de mon blogue à temps plein! »

Retrouvez Joan sur son blogue : joanroch.com 

- Diane Stehlé

Photographie: Alexis Berg & Fabrice Gaëtan

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