Créatif et serein, à Morin-Heights

16 juin 2016

Sur la lancée de son 5e disque, SuperFolk, l’auteur-compositeur-interprète Ian Kelly a la trentaine occupée et sereine. Depuis son studio de Morin-Heights, il réalise ses albums et ceux d’autres artistes sous son étiquette Sunset Hill Music, compose de la musique pour le cinéma… et tente de rester présent pour sa famille, à la recherche de l’équilibre parfait.

Ian_Kelly_I_m_On_Your_Side_2013_Credit_Martin_Girard

Simplicité et authenticité. C’est ce qui émane de l’artiste durant notre rencontre. Pourtant, sa réussite pourrait lui monter à la tête. Ses premiers albums ont été des succès : plus de 45 000 copies pour son disque Speak Your Mind, certifié or, et de longues tournées au Canada et à l’étranger. Sa griffe est suffisamment recherchée pour qu’on lui demande de collaborer à de nombreux projets. Il vient ainsi d’adapter en anglais la chanson L’hymne de Céline Dion, pour la bande sonore du film La Guerre des Tuques 3D. Quant à son nouveau titre Montréal, il occupe déjà la troisième place du palmarès radio BDS.

« J’ai réalisé SuperFolk avec une certaine facilité, sans viser l’esthétique, avec ce qui me venait naturellement. C’est peut-être ça qui est folk, la façon dont cet album a été fait, chez nous, dans mes affaires, nu-pieds, avec ma femme et mon bébé que j’entendais dans l’autre pièce. » Dans cet opus à la mélancolie réconfortante, Ian Kelly, qui joue du piano, de la guitare et de la batterie sur presque tous les morceaux, s’est éloigné de la critique sociale qu’il affectionne habituellement. Il s’est plutôt concentré sur ce qui va bien : « Je suis dans une relation stable, j’ai des enfants en santé, je fais ce que j’aime dans la vie; j’ai beaucoup de raisons d’être heureux. Il aurait été déprimant de faire deux heures de chansons qui ne parlent que de surconsommation et des drames de l’économie. »

La sérénité comme choix de vie

Dans les Laurentides, où il s’est installé avec sa femme et ses trois enfants de 10 ans, 8 ans et 9 mois, Ian Kelly a trouvé sa place : peu de distractions, pas de bruit, assez d’espace pour se construire un studio de 1 000 pieds carrés, une communauté bilingue de réalisateurs, et des studios mythiques (The Police, Cat Stevens, David Bowie, entre autres, ont enregistré à Morin-Heights). « Il y a quelque chose dans l’air ici, tout le monde vit en harmonie. Je suis peut-être né à Montréal, mais je n’ai plus besoin d’y vivre pour être un Montréalais. »

Le musicien aime enregistrer les albums d’autres artistes chez lui et se concentrer sur ce qu’il aime faire, sans être obnubilé par des objectifs financiers. Voyager loin et développer de nouveaux marchés musicaux? Très peu pour lui désormais. « Quand on décide d’être un artisan et de consommer les légumes locaux, eh bien la musique, c’est pareil! Je n’aspire pas à être ultraconnu, je n’ai jamais recherché la célébrité. Pour l’instant, entre ma famille et la musique, j’aime ma vie et je suis content des choix que j’ai faits. »

Des projets plein la tête

Et ce ne sont pas les projets qui manquent ici. Le trentenaire à qui tout semble réussir compose actuellement la musique d’un futur long métrage. Il travaille aussi sur le prochain album de Gardy Fury et enregistre avec Kite Trio et le fameux réalisateur jazz américain Dave King. Autant de collaborations enthousiasmantes, loin de la routine.

Dans sa besace, un autre projet attend de prendre son envol : un festival de musique agrémenté de découvertes culinaires multiethniques. « J’ai envie de faire quelque chose à petit déploiement, mais riche selon mes standards à moi. » À Morin-Heights… évidemment!

Toutefois, dans les semaines à venir, il devra sortir du cocon familial et créatif, car le chanteur met présentement la dernière touche à sa nouvelle tournée. Malgré son air décontracté, on sent une petite pointe de stress. Pour la première fois, il sera seul sur scène dans de petites villes et au Festival de jazz de Montréal, cet été. Comment rester simple et créer une belle ambiance, sans se perdre dans les arrangements? À l’image de sa philosophie de vie et de son album, dépouillé et naturel, sa tournée s’annonce intimiste : « Je veux des concerts sans prétention et à l’échelle humaine. » Rendez-vous pour les beaux jours!

Pour connaître les dates de sa tournée : www.iankellysmusic.com

Un album rescapé

SuperFolk a failli ne pas voir le jour. Oubliés dans sa voiture aux fenêtres ouvertes, les deux disques durs contenant l’album ont été volés à Montréal au début de l’hiver. Cinq mois de travail envolés. En désespoir de cause, le compositeur a lancé un appel sur les médias sociaux, promettant même une récompense de 1 000 $. Quelques heures plus tard, le père du voleur a déposé les deux précieux disques durs dans un parc pour enfants où le musicien les a retrouvés intacts, à son grand soulagement.

- Aline Noguès

Photographie: Martin Girard

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