De la grande visite

17 septembre 2014

En 1953, les paysages de la Vieille Capitale étaient projetés sur tous les écrans en Amérique et en Europe. Pourquoi? Car c’est ici que le plus illustre cinéaste de son époque, Alfred Hitchcock, est venu tourner le film I Confess (La loi du silence). C’était le début du rayonnement de Québec à l’étranger.

Fidèle à ses habitudes, le réalisateur met en scène un film à suspense original, qui se démarque à l’époque par ses prises de vue. Le film s’ouvre sur l’assassinat de Maître Villette, tué en pleine rue Sainte-Angèle en haute-ville. L’auteur du crime s’empresse de se confesser et d’implorer le pardon auprès de l’abbé Logan, prêtre de la paroisse Saint-Zéphirin-de-Stadacona dans le Vieux-Limoilou. Or, tout porte à croire que c’est l’abbé Logan lui-même qui soit à l’origine du meurtre. Déchiré entre le secret de la confession et les accusations qui sont portées contre lui, le prêtre se retrouve dans une bien fâcheuse position.

Québec, ville sainte

Mais pourquoi Hitchcock, qui avait alors le monde à ses pieds, a-t-il choisi de venir tourner I Confess à Québec? Il semble que ce soit d’abord pour la place qu’occupait la religion au Québec à l’époque. Pour les besoins de son scénario, le réalisateur devait tourner dans une ville majoritairement catholique parsemée d’églises et de lieux saints. Or, à l’époque aux États-Unis, on pratiquait surtout le protestantisme, qui aborde la confession de manière légèrement différente. Les pratiques et les paysages de Québec étaient donc tout indiqués pour accueillir le tournage.

L’arrivée en ville du célèbre cinéaste britannique et des acteurs hollywoodiens Montgomery Clift et Anne Baxter a causé tout un émoi. Il était excessivement rare que des productions hollywoodiennes soient tournées ailleurs qu’aux États-Unis, et tout le monde se précipitait pour assister au tournage. Plusieurs rôles secondaires ont été attribués à des Québécois au terme d’auditions devant le maître du suspense. D’ailleurs, une grande partie du film Le Confessionnal de Robert Lepage prend place à Québec, au moment de la venue d’Hitchcock. Le scénario du film donne une bonne idée de toute la frénésie qui s’est alors emparée de la ville.

Hitchcock a vraiment su utiliser à leur plein potentiel les paysages de la ville de Québec. L’île d’Orléans, la terrasse Dufferin, le Château Frontenac, le Parlement, le Louis-Jolliet ; rien n’a été laissé pour compte. Les mordus de cinéma savent sans doute qu’Alfred Hitchcock s’amusait à faire une brève apparition dans la plupart des films qu’il réalisait. I Confess ne fait pas exception. On y voit la silhouette facilement reconnaissable du cinéaste, dès les premières minutes du film, au sommet d’une série d’escaliers.

Soir de première… et de dernière!

La première mondiale du film fut célébrée en grande pompe au cinéma Capitole de Québec, le 12 février 1953. Les acteurs et le cinéaste étaient de retour à Québec pour l’événement et avaient revêtu leurs plus beaux habits. Confortablement assis dans son siège, Alfred Hitchcock eut une bien mauvaise surprise : le Bureau de censure des vues animées de la province de Québec avait pris la liberté de couper certaines scènes du film, scènes apparemment susceptibles d’entacher la réputation de l’Église. Furieux, le réalisateur se jura de ne plus jamais mettre les pieds à Québec. Bien triste façon de mettre un terme à cette belle collaboration entre la ville et Hitchcock. Le film connut tout de même beaucoup de succès, sans toutefois se hisser parmi les incontournables du réalisateur.

Bien que Hitchcock ne soit pas revenu nous rendre visite, d’autres réalisateurs après lui ont choisi Québec comme toile de fond. Parmi les productions les plus connues, on peut penser à Catch Me If You Can (Arrête-moi si tu peux), film réalisé par Steven Spielberg et mettant en vedette Leonardo Di Caprio et Tom Hanks, et à Taking Lives (Le voleur de vies) avec Angelina Jolie. Toutefois, ces films, contrairement à I Confess, n’ont pas été tournés entièrement à Québec. Il faut attendre plusieurs scènes avant d’y voir un décor qui nous est familier.

Même si elle s’est terminée en queue de poisson, la visite d’Alfred Hitchcock à Québec a marqué l’histoire de la ville. Il y a fort à parier que ceux qui sont encore là pour nous en parler se souviennent de la venue du cinéaste comme si c’était hier!

Joannie Langlois

Source : L’actualité – Quand Hitchcock est venu tourner à Québec. Philippe Desjardins. 20 juillet 2009.

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