Entre le Nunavik et Québec – Vivre de froid, de bouffe et de cocktails

1 mai 2014

À Québec ou dans le Grand Nord, armé d’un shaker, d’un couteau ou d’un pinceau, Louis Turmel est un foodie dans l’âme, qui a sans contredit plus d’une corde à son arc. Depuis maintenant neuf ans, il passe la moitié de l’année au nord du 55e parallèle, où il travaille comme chef pâtissier. Lorsqu’il revient « dans le sud », il coordonne et organise des événements pour les amateurs de bonne bouffe, de bons vins et de cocktails. Incursion dans la vie d’un « eskimo » de Québec.

Double vie

Être confronté à des -60 °C, manger de la viande crue et apprivoiser la solitude font partie du programme, lorsqu’on se pose au Nunavik. « J’ai commencé à 21 ans, parce que c’était payant. Ce n’est pas comparable aux salaires en cuisine à Québec », explique-t-il en ajoutant que le salaire moyen se situe au-dessus de 100 000 $ par année.

Mais la vie dans le Nord n’est pas pour tout le monde. « Le plus difficile, c’est de devoir composeravec la famille, les relations amoureuses et l’ennui. Il faut être capable de gérer la fatigue physique,être assez solitaire et avoir un bon moral », mentionne Louis, en se rappelant avoir passé son dernier Noël en solitaire, à quelque 200 kilomètres de Québec. Et c’est sans oublier le solstice d’hiver, qui apporte son lot de noirceur. C’est en raison de cette vie nordique qu’il est aujourd’hui un véritable « homme à tout faire ». Pour passer le temps, il peint, il joue de la musique, il écrit.

Une deuxième famille

« À la longue, ça devient une petite famille. J’ai des amis là-bas que je côtoie depuis plusieurs années. Je pourrais te décrire leur maison, leur vie, mais je ne les ai jamais vus ailleurs que dans le Nord! », s’exclame celui qui est le seul représentant de la ville de Québec. « Il y a des Inuits, des gens de Montréal, de Drummondville, de l’Abitibi, de Magog, de Sherbrooke, etc. »

Ils sont environ 700 à prendre l’avion chaque mois, tous lesdeux mois, pour aller travailler dans cette microville, sans route, sans électricité, où tout tourne autour des mines de nickel. « On a tous les corps de métiers :des ingénieurs, des infirmières, des plombiers, des agents de sécurité et un directeur, qui agit un peu comme un maire. On est complètement indépendant et on fonctionne avec des génératrices ». Les règles sont très strictes. C’est un camp sec. Pour des raisons de sécurité, l’alcool y est interdit. « Tout est axé sur la sécurité, puisque si tu te casses une jambe et qu’il y a un blizzard, tu peux attendre trois ou quatre jours avant que l’avion puisse se poser. »

Malgré toutes ces contraintes, il apprécie la générosité du peuple inuit. « Ils ont des valeurs familiales très profondes. Ils sont près des gens. Ils voudraient tout donner ». Et la viande crue, c’est bon? « Pas vraiment! », dit en riant celui qui aura tenté la patte de caribou, de corbeau et de phoque. « J’aime mieux apprêter les viandes que les manger crues! »

 

À Québec : Bien manger, bien boire

Après avoir organisé le Foodcamp de Québec, survenu le 12 avril dernier, Louis planche maintenant sur le plus grand concours de mixologie en Amérique du Nord, Made With Love, qui se tiendra cette année au Château Frontenac. Au total, 18 mixologues tenteront de vous épater avec leurs cocktails uniques. C’est d’ailleurs après avoir remporté l’édition 2011-2012 qu’il a obtenu le contrat de gestion de cette compétition, qui se déplacera aussi du côté de Montréal et de Toronto.

- Élisa Cloutier 

Photographies: Christyna Mérette

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