Entre tendresse et outrance

14 mars 2016

Phil_Brach_Press_1_cre¦üdit Le petit russe_MIDREZ

Il a remporté les Francouvertes en 2014 pour son album La foire et l’ordre. Il a été sacré Révélation Radio-Canada en 2015 puis Révélation de l’année de l’ADISQ pour Portraits de famine, son second opus. Philippe Brach est l’un des plus talentueux auteurs-compositeurs-interprètes de sa génération. Et c’est l’occasion de le découvrir, si ce n’est déjà fait, car il est actuellement en tournée aux quatre coins du Québec.

Dos voûté, tête penchée, il me regarde d’un air amusé, joue avec mon enregistreur. Le jeune homme à la chevelure bouclée et aux yeux bleus enjôleurs ressemble à un grand adolescent. Et rapidement, je comprends que, pour lui, la provocation est une manière de communiquer. Cette insolence – qui s’accompagne de son pendant, la spontanéité – se retrouve sur ses albums. Car Philippe Brach désire faire ce qu’il veut, sans se soucier des conventions ou de ce que sa maison de disque va en penser. C’est la raison pour laquelle il les produit lui-même. « Lorsque je compose, je ne m’impose aucune barrière. J’aime aller dans plusieurs directions, passer du folk au gospel. Et si j’aborde souvent des sujets difficiles, j’ai aussi des chansons très légères. »

Dans Portraits de famine, réalisé par son ami Louis-Jean Cormier, le chanteur raconte des tranches de vie sombres avec son parler cru (comme l’histoire d’un homme qui dialogue avec sa femme, décédée d’un cancer, dans L’amour au temps du cancer, et celle d’une jeune fille qui subit un avortement, dans Alice), évoque ses dérapes de la veille, dessine le portrait de familles dysfonctionnelles. Avec des images de sexe et de sang et un scénario qui fait frémir, le vidéoclip de Crystel a d’ailleurs beaucoup fait parler de lui. « Crystel, c’est l’histoire d’un amour impossible, d’un homme en fauteuil roulant qui est témoin d’une prostitution meurtrière. Mais la violence qu’on y voit n’est pas gratuite, car il y a un propos, et l’esthétique y est très léchée. Chaque plan a été travaillé. »

Depuis toujours, Philippe Brach est un passionné de cinéma. Les films de Lynch, de Cronenberg ou de Cocteau, il les a tous vus. Et quand il compose, ce sont souvent des images qui lui viennent d’abord en tête. « J’ai un gros problème de concentration. J’ai lu très peu de livres dans ma vie, car je n’arrive pas à aller jusqu’au bout, tandis que le cinéma capte tous mes sens », explique-t-il. Parlant de lui, il emploie le terme « tête folle ». Pourtant, en l’écoutant parler avec fougue de ses mille et un projets, je me dis que malgré sa tête folle (ou grâce à elle), il a réussi le tour de force de transformer son hyperactivité en un formidable tremplin créateur.

Bouger pour créer

Sur scène, son énergie a vite conquis le public québécois. D’autant que le chanteur n’hésite pas à improviser au gré de ses humeurs. « Je fais de l’improvisation théâtrale depuis 14 ans. Ça m’aide beaucoup sur scène, mais aussi dans les autres sphères de ma vie. » Si le jeune homme est très coloré quand il parle et si on reconnaît en lui un goût certain pour l’irrévérence, on sent paradoxalement chez lui une grande pudeur, surtout lorsqu’il évoque à demi-mot la sclérose en plaques dont sa mère est atteinte.

Le jeune homme, démonstratif sur scène, est aussi un solitaire qui adore voyager seul et passer du temps à la campagne. Il revient d’ailleurs tout juste d’un séjour au Japon où il est allé se ressourcer avant de partir en tournée partout au Québec. « Je n’écris pas du tout en tournée. J’aime partir en voyage avant ou après pour m’isoler et écrire. C’est un besoin pour moi. » Et s’il gagne bien sa vie aujourd’hui, c’est pour « s’acheter un terrain dans le bois un jour ». D’ailleurs, c’est là qu’il se voit dans dix ans. Tranquille au bord d’un lac. Mais attention, avec le wifi et, surtout, en train d’écrire. Des chansons (pour les autres, pourquoi pas?), un scénario de film, un roman ou… une comédie musicale! Le cerveau de Philippe Brach est comme un cheval au galop : rapide, mais surtout, libre comme l’air!

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Portraits de famine, de Philippe Brach (Spectra musique)

Pour toutes les dates de spectacles : www.philippebrach.com

5 choses qu’il m’a confiées

  • Au cégep, il a formé un groupe qui s’appelait Buffet froid.
  • Avant de se lancer à temps plein dans la musique, il a mixé le son d’émissions de télé, comme Les Francs-tireurs.
  • Brach vient de la contraction de Brahms et de Bach.
  • Il adore les documentaires animaliers.
  • L’Afrique du Sud est sa prochaine destination.

- Diane Stehlé

Photographie: Le petit Russe

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