Homme de passions et de défis

14 mars 2016

CP_Stéphane Martin

Comédien, auteur, dramaturge, scénariste et metteur en scène : Alexis Martin fait partie depuis trente ans de notre paysage culturel. Si on a pu le voir dans des séries et des films très populaires, comme Un gars, une fille, Les Parent ou Les Boys 3, il a néanmoins poursuivi son chemin en parallèle sur des sentiers moins visités, mais combien intéressants. Actuellement, il est de la distribution du film Les mauvaises herbes de Louis Bélanger et sur les planches du TNM dans En attendant Godot.

Touchant, drôle, un brin déjanté : tel est le personnage qu’Alexis Martin incarne dans le nouveau film de Louis Bélanger, Les mauvaises herbes, qu’il a lui-même coscénarisé. L’histoire est surprenante. Jacques, un acteur de théâtre endetté (Alexis Martin) s’enfuit à la campagne pour échapper à un dangereux créancier (Luc Picard). Il se retrouve par hasard dans la ferme isolée de Simon (Gilles Renaud). Ce dernier cultive des plants de cannabis et force Jacques à l’aider à livrer sa récolte aux motards sous peine de le dénoncer. Malgré les circonstances, les deux hommes finissent par s’apprivoiser. Mais leur amitié est troublée par l’intrusion de Francesca (Emmanuelle Lussier-Martinez), une jeune femme au tempérament bien trempé qui finit par s’imposer dans « l’entreprise ».

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Dans cette histoire à huis clos, Louis Bélanger et Alexis Martin abordent des sujets qui leur sont chers – l’identité québécoise, la dichotomie entre la ville et la campagne – et qui étaient déjà présents dans Route 132, leur précédente collaboration. « Nous voulions écrire un film d’hiver qui explorerait la ruralité au Québec, explique Alexis Martin. Avec la dévitalisation des régions, bien des endroits ont développé une économie parallèle, dont celle de la culture du cannabis. Mais nous souhaitions aussi parler d’amitié et du fossé entre les générations. Francesca, qui est Chilienne, incarne la jeunesse, mais aussi le nouveau visage du Québec, plus métissé », poursuit-il. Tout comme dans Gaz Bar Blues, la parentalité est aussi un thème important du film, dont le personnage du père est interprété par le magistral Gilles Renaud.

Par-dessus tout, on reconnaît dans Les mauvaises herbes l’attirance qu’éprouvent les deux amis pour les marginaux. Si Alexis Martin a interprété de multiples rôles au théâtre, à la télévision et au cinéma, il a toujours eu un faible pour les personnages complexes, les incompris, ceux qui ont du mal à se faire aimer. C’est d’ailleurs pour son interprétation exceptionnelle du personnage de Gaétan Bérubé dans la série Apparences qu’il a reçu un Gémeaux en 2012. « J’aime jouer des personnages pleins de contradictions. Ce sont les plus intéressants et ceux qui posent le plus de défis. » Et les défis, Alexis Martin en a toujours eu besoin. Ils sont le moteur même de sa passion.

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Un auteur prolifique

Voilà pourquoi, parallèlement à son travail de comédien, il a écrit de nombreuses pièces de théâtre, dont L’Odyssée (coécrit avec Dominic Champagne) et Matroni et moi, adaptée au cinéma en 1998. Il a également mis en scène certains spectacles de Martin Matte, de Gary Kurtz et des Chick‘n Swell. Autant de défis intellectuels qu’il a toujours surmontés avec brio.

Il faut dire qu’avec un père journaliste (Louis Martin) et une mère traductrice, l’homme a eu très tôt la piqûre des mots. « Mon père était un homme très occupé. Pour attirer son attention à table, il fallait parler de politique ou d’actualité. Je lui ai donc emprunté ses journaux dès mon plus jeune âge », explique l’acteur. À 18 ans, il entre au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, puis, parallèlement à ses débuts sur scène, il poursuit des études en philosophie. « J’ai toujours été passionné de philosophie, d’histoire et de littérature », dit-il. On ne s’étonnera donc pas que son œuvre soit souvent axée autour de l’histoire. « Le Québec dispose d’un matériel historique formidable, mais très peu exploité par les artistes. C’est dommage, car l’histoire constitue un terreau fertile pour le drame, les conflits. »

Alexis Martin est aussi codirecteur artistique du Nouveau Théâtre Expérimental depuis 1999.  « Ce lieu nous permet d’expérimenter de nouvelles voies d’écriture, de jeu et de mise en scène. » La prochaine pièce accueillera d’ailleurs sur scène des animaux de ferme qui interagiront avec les comédiens. « Il n’y aura pas de frontière entre les animaux et le public. Ce sera l’occasion de réfléchir à notre rapport aux animaux, qui a bien changé ». Le théâtre comme outil de réflexion sur notre société : chez Alexis Martin, le philosophe n’est jamais loin.

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Les mauvaises herbes, un film de Louis Bélanger avec Alexis Martin, Gilles Renaud, François Papineau, Emmanuelle Lussier-Martinez, Luc Picard. En salle à compter du 11 mars 2016.

Pour en savoir plus sur les spectacles du Nouveau Théâtre Expérimental : www.nte.qc.ca.

Au TNM

En mars, Alexis Martin incarnera Vladimir dans En attendant Godot, chef d’œuvre du théâtre contemporain écrit par Samuel Beckett. À travers deux sans-abri, à la fois pathétiques et clownesques, cette tragi-comédie nous parle de l’humanité dans ce qu’elle a de résilient, de dérisoire et de tragique.

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En attendant Godot, mis en scène par François Girard. Avec Benoit Brière, Evelyne Lamontagne, Alexis Martin, Pierre Lebeau et Emmanuel Schwartz. Du 1er au 26 mars au TNM (www.tnm.qc.ca).

- Diane Stehlé

Photographie: Stéphane Martin

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