Il était une fois un château…

27 novembre 2012

Véritable figure emblématique et icône touristique de Québec, le Château Frontenac est absolument indissociable de l’image de la ville. Voici les jalons de son histoire, d’hier à aujourd’hui.

Bien qu’il ait été désigné lieu historique national du Canada, en 1981, le bâtiment est d’abord et avant tout un splendide hôtel de style château, le premier d’une longue série construits par les compagnies ferroviaires au Canada, à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, pour inciter les touristes à voyager en train. Il a donné le ton aux hôtels de style château qui ont été érigés par la suite  et demeure celui qui exprime le mieux ce style d’architecture. Ses allures de forteresse, renforcées par son emplacement au sommet du Cap Diamant qu’il domine, seraient inspirées des châteaux de la Loire des 14e et 15e siècles. Érigé non loin de la Citadelle de Québec, à l’emplacement de l’ancien château Haldimand et à côté de la Terrasse Dufferin, le site même du Château Frontenac est historique, puisqu’il recouvre le site archéologique du fort et du château Saint-Louis.

D’un point de vue purement architectural, l’imposant bâtiment comporte plusieurs éléments typiques du style château, notamment sa toiture pentue, ses tours massives et ses tourelles circulaires et polygonales, ses pignons et lucarnes ornés, ses matériaux de grande qualité et, bien entendu, son port altier et majestueux.

LA CONSTRUCTION
Le Canadien Pacifique lance la première phase de construction en 1892, d’après les plans de l’architecte américain Bruce Price, qui s’était lui-même inspiré des plans dessinés par l’architecte Eugène-Étienne Taché, à qui l’on doit notamment l’Assemblée nationale du Québec. L’aile Riverview est complétée en 1893, et le Château Frontenac – ainsi nommé en l’honneur de Louis de Buade, comte de Frontenac et gouverneur de Nouvelle-France vers la fin du 17e siècle –, connaît un succès immédiat. L’aile Citadelle est ajoutée en 1899. De 1908 à 1909, on construit l’aile Mont-Carmel, selon les plans de W. S. Painter. On agrandit de nouveau l’hôtel en 1919, tandis que l’aile Saint-Louis et la tour centrale sont ajoutées entre 1920 et 1924, selon les plans des frères Edward et W. S. Maxwell. Un incendie viendra endommager l’hôtel, en 1926, mais l’intérieur sera reconstruit peu après. Enfin, une dernière phase d’expansion sera entreprise de 1992 à 1993, sur la base des plans du Groupe Arcop, au terme de laquelle on inaugurera l’aile Claude Pratte comportant, modernité oblige, une piscine intérieure, un centre de conditionnement physique et une magnifique terrasse extérieure.

Intégrées dans le bâtiment à plusieurs endroits, on peut remarquer les armoiries que l’architecte Eugène-Étienne Taché avait conçues pour Frontenac, notamment sur le mur extérieur de l’arche d’entrée. En outre, une pierre vieille de 365 ans, provenant du château Saint-Louis et gravée d’une croix de Malte, est incrustée dans l’arche menant vers la cour.

LES MOMENTS MARQUANTS
Il va sans dire que les conférences de Québec, tenues durant la Seconde Guerre mondiale, en 1943 et 1944, ont marqué l’histoire du légendaire hôtel. D’abord, par la notoriété des personnages impliqués, soit les
représentants des gouvernements britannique, américain et canadien, messieurs Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et William Lyon Mackenzie King (qui n’a pas participé aux discussions). Ensuite, par l’importance des enjeux discutés. En août 1943, les deux grands dirigeants signent les Accords de Québec qui réglementent l’usage  de l’énergie atomique entre les deux puissances et fixent les détails du débarquement en Normandie (initialement prévu le 1er mai 1944).  Les protagonistes reviennent en septembre 1944 pour organiser la prochaine opération de la guerre, celle du Pacifique, et coordonner leurs plans d’après-guerre, et notamment le mode d’occupation de l’Allemagne. Le Château Frontenac a donc été le théâtre de discussions stratégiques et déterminantes pour la victoire des Alliés.

 

DE LA GRANDE VISITE
D’autres personnages connus ont visité le célèbre établissement, entre autres, le roi George VI et la Reine Élizabeth, la princesse Grace de Monaco, Tchang Kaï-chek, Charles de Gaulle, Ronald Reagan, François Mitterand, le prince Andrew et Lady Sarah Ferguson, Charles Lindberg, Alfred Hitchcock et Montgomery Clift. De plus, fait assez cocasse dans le contexte actuel, Maurice Duplessis y vivait durant son mandat de premier ministre!

Depuis quatre ans, l’ambiance des fêtes s’installe dès novembre au Château. Le hall principal se pare de décorations somptueuses inspirées des forêts enneigées, dans la plus pure tradition nordique. Même que certaines d’entre elles auraient été fabriquées avec le cuivre recyclé de la toiture qui continue ainsi, bien à l’abri, à vivre sa vie de château.

- SYLVIE LAMOTHE

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