Jérôme Ferrer – Homme de cœur et de passion

17 septembre 2014

En quinze ans à peine, Jérôme Ferrer a créé un véritable empire : le Groupe Europea qui compte aujourd’hui plusieurs restaurants et cafés, un espace-boutique, un vignoble, un service traiteur et, depuis peu, un centre de transformation agroalimentaire. Pourtant, ce qu’on pourrait croire être un vrai conte de féesa plutôt été un parcours semé d’embûches dont la seule détermination du réputé chef a eu raison.

Son professeur de l’école hôtelière à Nîmes, en France, lui avait dit :« Ne rêve pas ta vie, vis tes rêves. » En 2001, Jerôme Ferrer et ses deux meilleurs amis diplômés de la même école, Ludovic Delonca et Patrice De Felice, quittent le sud de la France pour le Québec. Propriétaires d’un petit restaurant, ils décident de le vendre afin de financer leur voyage et leur nouveau départ. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Très vite, ils comprennent qu’ils ont été floués par le notaire lors du processus de vente. Résultat? Pas un sou en poche pour ouvrir un restaurant.Pour ce trio aux racines catalanes, italiennes et espagnoles, fierté oblige, pas question de baisser les bras et de reprendre l’avion.

Ils cumulent alors les petits boulots au salaire minimum, mais surtout pas les « jobines » de restaurant : « Nous avions été volés, mais aussi violés dans note dignité et nous ne voulions plus rien savoir des cuisines », raconte le chef. Heureusement, la passion du métier ne les a pas quittés. Mois après mois, ils finissent par amasser une petite somme d’argent et décident de se donner une deuxième chance. « Nous avons sillonné Montréal pour trouver un local. On est finalement tombés sur un demi-sous-sol sur la rue de la Montagne. » L’Europea était né.

Le succès de l’Europea

« Nous avions tout juste de quoi payer les deux premiers mois de loyer », se souvient le chef étoilé. Mais Jérôme Ferrer et ses amis ne se découragent pas. Ils achètent le minimum d’équipement et de mobilier pour se lancer, et mettent la main à la pâte sans l’aide d’aucun employé. Rapidement, le restaurant acquiert une bonne réputation. Francis Reddy, grand ami de Jérôme Ferrer, lui donne aussi la chance de participer à quelques émissions de télévision.

L’Europea s’agrandit, son équipe s’enrichit, sa cuisine se précise. En quelques années, le demi-sous-sol devient un restaurant gastronomique offrant une expérience culinaire inédite, ce que le chef appelle une « cuisine techno-émotionnelle ». « La succession de plats que nous servons à l’Europea vise à faire émerger un souvenir d’enfance dans l’imaginaire des gens. Nous offrons par exemple une barbe à papa. »

S’ensuit l’ouverture de l’Europea Espace Boutique, le bistro gourmand Beaver Hall, le restaurant Andiamo, le Birks Café et, dernièrement, le Café Grévin. « Nous avons surmonté toutes les barrières financières durant toutes ces années, car nous avions une revanche à prendre sur la vie, sur la personne qui nous avait escroqués », résume Jérôme Ferrer.

Le parcours d’un résilient

Toutefois, parallèlement à ce succès professionnel, la vie n’épargne pas les trois associés. Alors que le restaurant fonctionne bien et qu’ils peuvent enfin souffler, Ludovic perd un enfant, tandis que Jérôme voit sa femme emportée par le cancer après plusieurs mois de combat acharné. Quelque temps après, son père décède d’une leucémie.

Fils d’agriculteur, Jérôme Ferrer sait ce que travailler veut dire. Face à ces épreuves, il s’investit corps et âme dans son métier. « Mon travail a été comme une bouée de sauvetage. À travers les drames, je me suis concentré sur ce que la vie avait de mieux à m’offrir : le plaisir de recevoir, de partager, de satisfaire mes clients. »

Les liens avec ses associés et amis de toujours se resserrent encore plus. Avec son équipe aussi. « Nos premiers salariés travaillent toujours pour nous. Je suis entouré d’une équipe magnifique et talentueuse. »

Entre 2009 et 2012, l’Europea est nommé plusieurs fois restaurant de l’année par la Société des chefs, pâtissiers et cuisiniers du Québec, tandis que Jérôme Ferrer est élu, en 2011, chef de l’année par la Société des chefs du Québec puis Maître Cuisinier de France. Véritable consécration, le restaurant entre dans le club très sélect des Relais & Châteaux et devient, cette année, l’une des 158 meilleures tables au monde.

En hommage à son père, Jérôme Ferrerr achète les quelques hectares de vignes lui ayant autrefois appartenu et met sur le marché sa première production vinicole (La Terre de Mon Père). Il concrétise également un rêve : fonder son propre centre de transformation agroalimentaire pour distribuer une gamme de prêt-à-manger haut de gamme dans tous les supermarchés IGA du Québec. Attaché à la terre et aux produits du terroir, il nomme à l’intérieur de chaque plat tous les ingrédients et tous les producteurs qui ont contribué à la réalisation du plat. Début octobre, il ajoutera un nouveau titre à sa série gourmande à succès, portant cette fois sur les soupes (Les secrets des soupes).

Faisant fi des épreuves, témoignant d’une détermination hors du commun, Jérôme Ferrer, qui vient à peine d’avoir quarante ans, a réalisé son rêve américain. Il n’y a pas de doute, son professeur pourrait être fier de lui.

- Diane Stehlé

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