La loyauté en héritage

12 juin 2013

Dans ce numéro, Portrait vous présente le double coup de cœur de Denis Perreault. L’homme d’affaires nous parle de sa relation avec Clermont Poulin, son mentor et ami, et avec Samuel Gagnon, un jeune de la relève qu’il a parrainé dès ses débuts. Tous trois se sont connus grâce au karaté, en tant qu’élève ou enseignant. Tous trois ont beaucoup reçu grâce aux liens qu’ils ont développés dans cet univers sportif, où donner au suivant semble fréquent.

Denis Perreault a commencé le karaté à l’âge de cinq ans dans une école des Studios Unis alors dirigée par Clermont Poulin. Plutôt précoce, il obtient sa ceinture noire à 12 ans et ouvre son école de karaté, dans le sous-sol de ses parents, à 14 ans! Trois ans plus tard, il achète de Clermont Poulin une franchise des Studios Unis à Notre-Dame-des-Laurentides. Il dirigera cette école de karaté pendant une vingtaine d’années avant de fonder les écoles Unis Boxe en partenariat avec son mentor.

La première génération

« Clermont a toujours été une ressource, une sécurité, un ami, un maître et un partenaire, témoigne Denis Perreault. C’est aussi un bon vivant et un raconteur hors pair. Il a d’abord été mon maître en karaté, mais j’ai beaucoup appris à le regarder agir avec les gens et gérer ses affaires de façon amicale, comme un père de famille. Sa constance est vraiment inspirante : il est là depuis 40 ans, toujours aussi passionné du karaté et il travaille encore, avec rigueur, de 50 à 70 heures par semaine. Tout ce temps, il est demeuré conscient de son rôle en tant que maître d’arts martiaux : il a conservé un comportement irréprochable, a soigné son image et est demeuré un modèle. » On sent nettement, sous les propos de Denis, l’admiration qu’il porte à l’ami de longue date.

Il poursuit : « Les gens ne connaissent pas l’influence incroyable qu’a pu avoir Clermont Poulin sur les milliers de personnes qui ont fréquenté les Studios Unis de la région de Québec. Grâce à ses qualités humaines et sociales, il a toujours trouvé le moyen d’aider les gens aux prises avec toutes sortes de problèmes : manque de confiance, consommation de drogue, pensées suicidaires, peine d’amour, déficit d’attention, etc. » C’est en 1974 que Clermont Poulin a ouvert la première école des Studios Unis d’autodéfense. Aujourd’hui, presque 40 ans plus tard, on compte une vingtaine d’établissements permanents et une quarantaine d’écoles satellites à travers la province. Fort de ce succès, le maître a aussi été intronisé récemment au temple des maîtres de karaté (Karate Masters Hall of Fame). Aux éloges reçus, Clermont répond que « les arts martiaux, c’est pas seulement apprendre aux gens à se battre, mais aussi à agir en société. Pour un instructeur, être capable d’aller chercher un jeune, de l’aider à en s’en sortir et de lui donner une vision dans la vie, y’a pas de plus belle victoire. Faire une différence pour quelqu’un, c’est la plus grande satisfaction. »

La troisième génération

Quatre fois vainqueur du championnat mondial de karaté, Samuel Gagnon fait partie de l’équipe américaine Alliance, dont il est capitaine, et s’entraîne en combats pour participer à de nombreuses compétitions, aux États-Unis et en Europe. Il est également propriétaire, depuis quatre ans, d’une franchise des Studios Unis.

Pour Denis Perreault, toutefois, Samuel a d’abord été un enfant attachant et, ensuite, un jeune prometteur. « J’ai connu Samuel Gagnon à mon école de karaté, il avait cinq ans. Je le comparais à un cheval de course. Il se démarquait par son attitude et son regard déterminés. Je me souviens de son test de ceinture noire, à 10 ans, il affichait déjà une volonté, une énergie et un talent hors du commun. Mais, à 15 ans, Samuel a traversé une solide crise d’adolescence. À cette époque, il travaillait pour moi et j’ai dû le congédier. J’ai trouvé l’expérience très difficile, mais j’ai continué à le suivre. On se voyait de temps à autre. Aujourd’hui, à 28 ans, il possède son propre commerce [une école des Studios Unis], sa propre maison, il est champion du monde de karaté et il réussit bien. Si j’ai pu contribuer à faire une différence, j’en suis fier. »

Le champion, lui, admet qu’il doit beaucoup à celui qui a cru en lui. « Quand il m’a congédié, je savais qu’il avait raison de le faire. Mais il ne m’a jamais lâché, même quand je “prenais le champ” et, un jour, il est venu m’offrir d’enseigner à son école. Là, j’ai su que j’avais encore ma place, malgré mes erreurs. Le fait qu’il m’ait repris sous son aile m’a permis de me rendre où je suis aujourd’hui. »

Ainsi, de Clermont Poulin à Denis Perreault, et de Denis Perreault à Samuel Gagnon, la fidélité, la loyauté et l’attachement ont fait une différence. C’est que, dans la relation enseignant-élève, de forts liens se tissent. « Tu t’attaches aux élèves, confie Denis Perreault, tu les vois toutes les semaines, tu vis leur stress, tu veux qu’ils gagnent et tu finis par les aimer. »

D’une génération à l’autre, donc, l’attention et l’affection données sont souvent redonnées en héritage. Quel legs inestimable!

- Sylvie Lamothe

Photographies : Chrystina Mérette

 

 

 

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