LA MAISON DE LAUBERIVIÈRE – L’ESPRIT ET LES BRAS OUVERTS

27 novembre 2012

Trente ans après son ouverture, La Maison de Lauberivière se définit comme un refuge multiservice pour adultes en difficulté. Les mots clés de l’approche sont : accueil, confiance et accompagnement. L’organisme parvient ainsi à aider annuellement environ 5 000 personnes distinctes.

À l’aube de la période des fêtes, nous avons tous l’impression qu’un refuge, tel que Lauberivière, sera plus achalandé et les besoins, plus pressants. Faux, semble-t-il. Selon Éric Boulay, directeur général, « des gens qui vivent des problèmes, nous en recevons à longueur d’année et ils ne sont pas plus nombreux à Noël ou quand il fait moins vingt dehors ». Contrairement à la croyance populaire, la pénurie de logements et la période des vacances, en juillet, drainent encore plus de gens à Lauberivière. « Par contre, les fêtes c’est émotif et ceux qui sont seuls se sentent encore plus seuls, plus isolés. Il n’y a pas davantage de détresse, mais elle est plus vive et ceux qui souffrent d’une dépendance sont plus à risques. Alors nous, on redouble d’ardeur.

La veille de Noël, on reçoit 200 personnes pour le réveillon.
Des bénévoles servent le repas, les tables sont garnies de bonbons et le père Noël vient distribuer de petits cadeaux aux usagers [plus de 2 000 cadeaux sont distribués chaque année]. Le 25 décembre, c’est le brunch de Noël et le 1er janvier, celui du jour de l’An. On essaie de les entourer autant que possible », conclut-il.

En dépit de la quantité de services offerts, la mission de Lauberivière est simple : « accueillir la personne qui frappe à notre porte, peu importe la raison, et l’aider à retrouver l’autonomie, résume Éric Boulay. Ils ne viennent pas chercher de l’aide, mais par le biais de l’accueil, de l’humour et de l’écoute, on finit par créer un lien de confiance avec eux et ils comprennent comment on peut les aider. »

En fait, l’organisme est d’abord un centre d’hébergement qui offre le gîte et le couvert aux 18 ans et plus – on y sert 500 repas par jour – tout en proposant des services qui permettront aux gens de se reprendre en main et de se réinsérer dans la société.

Des services indispensables
Parmi les services offerts, celui du dégrisement sert à prévenir la criminalité. « Le principe de la réduction des méfaits liés aux problèmes de la personne, c’est un peu comme Opération Nez rouge; on accompagne ceux qui sont en état d’ébriété et qui viennent ici pour dégriser. On n’est pas là pour les juger, mais les aider », précise Éric Boulay. Ils évitent, par exemple, de se retrouver inutilement en prison en raison d’un problème de consommation. La philosophie de l’accueil prévaut également aux deux points de service du centre de jour, appelé Rendez-vous Centre-Ville, où des activités de loisirs, d’éducation et d’intervention psychosociale sont proposées et des services de base sont accessibles (douches, téléphones, laveuses, etc.)
Le service de fiducie en est un dont Éric Boulay est particulièrement fier : « C’est une curatelle volontaire. On reçoit les revenus de la personne, on l’aide à établir un budget et on administre cet argent pour elle. Cela nous permet de sécuriser les facteurs déstabilisants comme le logement et la nourriture. C’est le service qui génère le plus de résultats positifs. » Quant aux Résidences du Presbytère, qui comptent 14 logements sociaux supervisés, elles permettent à un intervenant d’accompagner des personnes en processus de guérison d’un problème de dépendance et qui ont un projet de vie personnel et concret.

Enfin, au chapitre de la réinsertion sociale, on note le programme À l’aube de l’emploi, qui permet à des adultes, hommes et femmes, de retourner sur le marché du travail ou de l’intégrer pour la première fois. « Après six ans, 95 % des gens sont encore en emploi », souligne le directeur. Par ailleurs, dans une perspective sociale et environnementale, Les jardins de Lauberivière, un potager aménagé sur le toit de l’édifice et qui fournit à la cuisine une partie des légumes et fines herbes nécessaires aux repas, permettent à certains usagers de se réaliser et de se revaloriser. En plus de contribuer à assainir l’environnement urbain. Il y a aussi la friperie, une indispensable ressource gérée par des bénévoles qui sont souvent d’anciens usagers.
L’apport du citoyen
« Noël, c’est une période où les gens sont très généreux. Oui, la nourriture et les vêtements sont très appréciés, mais nous avons surtout besoin de dons en argent, plaide Éric Boulay, notamment pour payer nos professionnels et intervenants, mais aussi pour offrir des services et aider les gens à sortir de la rue. Les citoyens peuvent donner à la Fondation de Lauberivière ou encore faire du bénévolat, sauf pour le réveillon de Noël, nous sommes complets depuis le mois de septembre! »

La différence mène souvent à l’exclusion. Pourtant sommes-nous si différents? Selon Éric Boulay, le tiers des usagers de La Maison de Lauberivière vit un problème de santé mentale, alors que cette proportion est d’un cinquième dans la population québécoise. La marge est mince. La réelle différence viendrait plutôt des facteurs de risques qui ont mené ces personnes vers une rupture, puis une démission, avec pour résultat une mauvaise estime d’eux-mêmes. D’où l’importance de les aider à se rebâtir. Quel meilleur moment que celui du partage, à Noël, pour tendre la main?
- Sylvie Lamothe

www.lauberiviere.org

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