L’amour, toujours gagnant…

25 novembre 2015

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Quand elle était toute petite, Clodine Desrochers disait à sa mère qu’elle allait « écrire sa vie ». Elle voulait en savoir plus sur tous les personnages dont elle entendait parler. Par la suite, cette curiosité s’est transformée en un besoin, celui de comprendre d’où elle venait. Au risque de rouvrir des blessures du passé, mais aussi de contribuer à les panser.

Histoire d’une famille de Saint-Gabriel-de-Brandon durant la Grande Noirceur.

On entend souvent dire que, pour mieux construire l’avenir, il faut connaître le passé. Ou encore que « ce qu’on ignore dans une famille est aussi important que ce que l’on sait ».

On le sait, Clodine Desrochers aime raconter des histoires. Animatrice de Quelle histoire!, une émission d’ICI Radio-Canada Télé où, à partir d’une image d’archives ou d’un moment important de notre histoire, on nous amène à aujourd’hui, elle a su intéresser son auditoire aux liens souvent indissociables entre le passé et le présent.

Nous revenons de loin…

Cette fois, c’est au cœur des années cinquante que Clodine nous emmène, dans son livre Au nom de l’amour qu’elle dédie « à ces femmes avant moi ». Ces femmes, ce sont avant tout sa mère, Jeanne, sa grand-mère, Thérèse, son arrière-grand-mère, Mémère Marie-Laure, et ses tantes, Liliane et Diane. « J’ai écrit ce livre aussi pour ma fille, Rose, et pour les filles de sa génération et de la mienne, afin qu’elles sachent que nous revenons de loin, très loin… » Et pourtant, cette histoire ne date pas de si longtemps.

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Humour et Grande Noirceur

Ceux qui s’attendent à une histoire mélodramatique du type La petite Aurore, l’enfant martyre seront déçus. L’auteure nous relate l’histoire de sa famille avec beaucoup d’humour. Pourtant, cette histoire se déroule sur fond de Grande Noirceur, de souffrances et de frustrations, dans un Québec où les curés régnaient encore en maîtres, et où les femmes n’avaient d’autre choix que de devenir religieuse, institutrice dans une école de rang ou mère de famille.

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Une enfance marquée au fer rouge

Jeanne Desrochers, mère de Clodine, se dit « marquée au fer rouge » par une enfance dure. Sa mère, Thérèse Graham, n’a jamais su lui dire « je t’aime ». À ce jour, ce sont ces mots d’amour maternel qui lui manquent, bien qu’elle vive depuis cinquante ans un grand amour auprès de son mari André. « On n’oublie jamais. Souvent, je lui parle. Je lui demande pourquoi elle était comme ça. »

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Une vie dont Thérèse ne voulait pas

Il faut lire le livre pour comprendre le parcours de cette famille, surtout de ces femmes qui ont élevé tous ces enfants, souvent seules, car abandonnées par leurs maris. « C’est le cas de ma grand-mère Thérèse, qui s’est retrouvée engagée dans une vie dont elle ne voulait pas. Son père avait quitté le foyer familial. Comme elle était l’aînée, elle a dû aider sa mère à élever et à faire vivre ses frères et sœurs. Or, elle rêvait d’amour et de chanter… Mais la dure réalité de l’époque a tôt fait de remettre les pendules à l’heure. À 23 ans, elle avait déjà sept enfants, et un mari de 40 ans! Je crois qu’elle aimait ses enfants, mais qu’elle était incapable de leur communiquer son amour. »

La force de s’en sortir

Ce livre est empreint de résilience et d’amour. C’est un regard intelligent sur une époque où chaque femme se débattait comme un diable dans l’eau bénite pour tenter d’exister. La petite Jeanne, dotée d’une force inouïe, a su vaincre ses peurs et, riche d’une capacité d’aimer sans bornes, elle a su transmettre à ses filles cet amour maternel qui lui avait pourtant si cruellement manqué.

Des larmes, mais des rires aussi ponctueront votre lecture.

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« Quand ma mère me raconte sa venue au monde, elle préfère en rire : un père absent ou saoul, une mère frustrée, un tiroir de bureau pour dormir, un nom qui vous rappelle un bûcher, une marraine dépressive et le parrain? […]. Le quêteux du village! Avouons qu’il y a mieux comme départ dans la vie! Toujours est-il que cet après-midi du 25 mars 1949, Thérèse avait donné naissance à son septième enfant et à sa quatrième fille d’affilée… et il m‘arrive parfois de penser à Thérèse qui, pour s’évader, se mettait à chanter les yeux fermés, une chanson de sa grande idole Alys Robi et s’imaginait loin de son poulailler, en star vêtue de paillettes étincelantes… »

Extrait du livre Au nom de l’amour, à ces femmes avant moi, publié aux Éditions La Semaine.

- Renée Senneville

Photographie: Christian Hébert

 

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