Les chemins qui mènent à l’autre

27 novembre 2012


Olivier Higgins et Mélanie Carrier se sont connus au secondaire à Charlesbourg. Aujourd’hui, ils forment un couple tissé serré qui habite un bungalow de ce même quartier, près de chez leurs parents. À première vue, rien de bien aventureux, mais attention! C’est dans cette maison, qu’ils qualifient de « camp de base », qu’ils  ont conçu le projet de parcourir 8 000 km à vélo à travers l’Asie, des steppes de la Mongolie à la plaine du Gange en Inde, en passant par la Chine. Comment sortir de sa zone de confort!

Peu après s’être rencontrés, ils étaient déjà partout : dans l’Ouest canadien pour planter des arbres, à l’île de la Réunion pour étudier, en France pour grimper, à Madagascar pour se former, sans mentionner l’Inde, l’Afrique du Sud et le Mexique. C’est lors de leur voyage d’escalade aux États-Unis que leur est venue l’idée d’Asiemut, nom donné à leur projet de « cyclotourisme extrême » en Asie et au film qui en témoigne.  Ils résument : « On rêvait d’un défi physique pour nous dépasser et aller à la découverte de l’autre. On avait compris la force de l’image. Pour nous, le film était le média idéal pour partager des idées et susciter une réflexion sur d’autres cultures et sur notre propre place en société. » En 2005, c’est le grand départ pour l’aventure.

Quand on était en Asie, on se questionnait sur l’identité et les traditions québécoises puis sur le rôle des traditions, leur importance. Cela nous a fait réaliser qu’on ne connaissait pas du tout les Premières Nations, même  si elles font partie du Québec.

Au-delà des images superbes et du ton envoûtant, le film Asiemut, sorti en 2007, révèle les difficultés rencontrées par le couple Higgins-Carrier durant leur voyage initiatique : faim, soif, tempête de sable, froid, chaleur extrême, frontière fermée, etc. En revanche, les scènes illustrant la rencontre de l’autre, le leitmotiv des auteurs, sont  éloquentes et servent habilement leur propos : « Pour nous, quand on s’attarde à une personne, c’est à une partie de l’histoire de l’humanité qu’on s’attarde. »

TOUS AZIMUTS
Les retombées sont multiples et dépassent leurs attentes. Gagnant de 35 prix à travers le monde,  Asiemut sera diffusé dans une quarantaine de pays sur les six continents entre 2008 et 2011. Il sera aussi présenté en ciné-conférences avec Les Grands Explorateurs et dans des festivals, au Québec, en Belgique, au Luxembourg, en France, en Suisse, en Pologne et aux États-Unis1. En parallèle, Mélanie publie Cadence, un livre où elle raconte leur périple au jour le jour à partir du journal de bord de l’expédition et, dans la même foulée, les créateurs démarrent leur propre maison de production, Mö Films.

En 2008, les cinéastes sont recrutés pour tourner un documentaire qui relate la rencontre d’un groupe de jeunes Innus, Hurons-Wendat et Saguenéens le long d’un chemin ancestral d’eau et de terre reliant le lac Saint-Jean à Québec, connu comme le Sentier des Jésuites. Une expédition de 310 km, en canot, à pied et à vélo, étalée sur 21 jours. Depuis son lancement en janvier 2012, le film Rencontre a gagné  trois prix internationaux et a récemment été sélectionné par la prestigieuse National Geographic Society. « Dans ce film, on a fait ressortir une rencontre à plusieurs niveaux, entre différentes cultures, avec la nature, avec soi et avec l’autre », expose Mélanie. Selon elle, ce film était une suite logique de l’aventure Asiemut : « Quand on était en Asie, on se questionnait sur l’identité et les traditions québécoises puis sur le rôle des traditions, leur importance. Cela nous a fait réaliser qu’on ne connaissait pas du tout les Premières Nations, même si elles font partie du Québec. »

D’où l’origine de leur dernier projet de film, Québékoisie, qui traite de la relation entre les Québécois et les Premières Nations et dans lequel le couple suit des gens dont les préjugés tombent progressivement. Cette fois, c’est de Québec à Natashquan que les explorateurs se sont « baladés » en vélo pour essayer d’approfondir leur quête identitaire. Le tournage est achevé et le film devrait sortir en avril 2013. « On revient souvent à une citation de Linus Pauling, lauréat de deux prix Nobel, qui a dit : “La vie ne réside pas dans les molécules mais dans les liens les unissent entre elles”; ça signifie que les molécules elles-mêmes n’ont pas d’importance, c’est ce qui les relie qui en a. » Une maxime qui représente bien le credo du couple qui aspire à créer des lieux de rencontre entre les Québécois et les Premières Nations.

DES PROJETS?
Une rencontre d’un autre type se prépare actuellement pour le couple, celle de bébé garçon qui se pointera le nez en février prochain. Le début d’un parcours plus sédentaire? « Je vois ça comme une autre aventure, avance Mélanie. La curiosité qui nous a amenés à goûter la beauté du monde, justement, l’enfant fait partie de ça. On ne sait pas qui il sera, ni quels seront ses intérêts, mais si on pouvait lui communiquer cette curiosité, ce serait beau », poursuit-elle.

D’autres projets se dessinent, dont un nouveau film sur la culture autochtone et sur la tradition et la modernité, ainsi qu’un essai sur les questions identitaires. Selon le bilan d’Olivier : « Depuis 2005, nos expériences sur la planète nous ont amenés à un retour sur nous, notre vie, nos racines. On a réalisé que nos projets visent à nous mettre en lien avec les autres. On se sent vivre quand on est reliés aux autres. » On peut imaginer que c’est exactement ce que pense bébé garçon en ce moment, n’est-ce pas?

- SYLVIE LAMOTHE

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