Les confessions de Stéphane Rousseau

22 avril 2015

stephane_rousseau_4429_HR_Martin Girard shootstudio.ca

Après une tournée de plusieurs mois en France, Stéphane Rousseau est de retour au Québec pour nous présenter son nouveau spectacle Un peu princesse. À l’aube de la cinquantaine, l’humoriste nous a parlé des femmes et des hommes qui ont marqué sa vie, avec une grande sincérité.

Roméo Pérusse

Stéphane a treize ans lorsque sa sœur l’inscrit à un concours d’humour. Il termine deuxième, mais Roméo Pérusse, grand humoriste de l’époque qui fait partie du jury, lui propose de faire sa première partie. « Je reprenais un numéro d’Yvon Deschamps, La paternité. Ça faisait beaucoup rire le public de voir un gamin parler de ce sujet. Ça a été une école de la vie, car on jouait dans des bars, des cabarets, des endroits miteux. Mais Roméo était toujours très professionnel. Il m’a appris le métier. À travers lui, j’ai aussi compris que je ne voudrais pas finir à soixante ans à jouer dans les bars. À cette époque, c’était très dur pour les humoristes. »

Mme Jigger

« Ce personnage m’a été inspiré par plusieurs femmes qui m’ont marqué quand j’étais petit, notamment ma marraine, ma grand-tante, qui vivait en bas de chez nous, et les voisines qui n’avaient pas peur de faire des blagues de cul. J’aimais me retrouver avec elles dans la cuisine. Elles étaient très drôles. Ensuite, quand j’ai travaillé à la radio, à la fin des années 80, il y avait une madame Jigger qui appelait tellement souvent que ça m’agaçait. Jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’il y avait deux madame Jigger : elle et sa sœur. J’ai alors commencé à me payer leur tête. C’est devenu un personnage populaire. »

Chico Rico

C’est en passant des vacances au Mexique que Stéphane a eu l’idée du personnage de Rico. « Sur la plage, il y avait un gars avec une queue de cheval noire qui allait de transat en transat pour cruiser les filles. Il essuyait des refus, mais ça ne le dérangeait pas. Il passait au transat suivant. Finalement, il réussissait toujours à séduire une touriste. Moi, qui suis plutôt timide, ça me fascinait! J’ai donc créé Rico, un macho flamboyant. Grâce à lui, j’ai reçu tellement de petites culottes sur scène que je pourrais ouvrir une boutique de lingerie! »

Sa mère, Berthe

« Ma mère est tombée malade du cancer quand j’avais huit ans. Elle était en phase terminale, mais elle a tenu bon cinq ans pour s’occuper de ma sœur et de moi parce qu’elle ne voulait pas nous laisser seuls avant qu’on soit équipés pour affronter la vie. C’est pour cela qu’elle a enduré la souffrance. C’est un acte de bravoure extraordinaire. Aujourd’hui que je suis père, ça me touche encore plus. » Les parents de Stéphane travaillaient comme soudeurs dans la même usine de métal. Tous deux sont morts du cancer ainsi que plusieurs de leurs amis et collègues qui travaillaient dans la même entreprise. Même si cela n’a pas été prouvé, à l’époque, certains ont évoqué la trop forte ingestion de plomb.

Son père, Gilles

« C’est grâce à lui si je fais ce métier. Il aimait que je fasse rire ma mère, car elle était très malade. À chaque occasion, il m’achetait des déguisements. Mon plus beau souvenir est un costume de gorille. Comme nous n’avions pas beaucoup d’argent, je l’ai eu en plusieurs fois. J’ai fini par avoir un costume complet, mais le corps était différent de la tête. On aurait dit que j’étais un croisement de gorille et d’orang-outan! J’ai conservé tous ces déguisements. J’espère qu’un jour mon fils jouera avec. Quand j’avais son âge, j’avais été fasciné par le film Les Goonies. Il y avait plein de costumes de pirates, une vraie caverne d’Ali Baba. Malgré les drames, mon père a toujours gardé le sourire. C’est un symbole pour moi. Il aimait aussi venir coller des affiches pour mes spectacles même quand ceux-ci étaient déjà bien rodés. C’était mon plus grand fan. »

Sa sœur Louise

La sœur de Stéphane avait cinq ans de plus que lui. Elle est décédée du cancer du sein et du cerveau, en 2009. « Ma sœur et moi avons toujours été très différents. Elle était profondément triste. Je crois que la perte de ma mère a été plus difficile pour elle que pour moi, car j’avais 12 ans, j’étais encore petit, mais elle était en pleine crise d’adolescence. Elle devait s’occuper de moi, c’était dur. »

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Gilbert Rozon

Fondateur du Festival Juste pour rire, Gilbert Rozon a joué un rôle crucial dans la carrière de Stéphane et, surtout, il lui a présenté celui qui allait devenir son meilleur ami et son partenaire de scène, Franck Dubosc. « Gilbert est un homme très important pour l’humour au Québec. Il voyage partout dans le monde pour voir des spectacles d’humour, c’est un expert. La première fois qu’il m’a proposé de participer à Juste pour rire, j’étais impressionné. Il travaille en famille avec son cousin, sa nièce. J’aime ça, je trouve ça beau. Et surtout, il a un flair extraordinaire ».

Franck Dubosc

« Franck et moi, on vient du même milieu ouvrier. On se ressemble beaucoup. À l’école, on n’était pas parmi les gars les plus populaires, même si aujourd’hui on joue aux séducteurs. La première fois que je l’ai vu, il faisait un extrait de spectacle en France et n’était pas encore connu du grand public. Gilbert Rozon m’a dit : “Regarde ce gars-là!” J’ai été ébloui! Le lendemain, on s’est retrouvés sur un plateau de télé. Dans les toilettes, on a commencé à discuter et on a vite sympathisé. Gilbert m’a proposé de faire un spectacle avec lui, au Québec. Franck est venu et on a travaillé ensemble sur le spectacle, dans ma maison de campagne. On a rigolé comme des fous. » Stéphane se souvient du jour où son ami et lui ont interprété sur scène la chanson de Daniel Guichard, Mon vieux. « Nos pères venaient de mourir et ça a été un moment très émouvant. On commençait le numéro comme si on était gais en se demandant si on avait déjà aimé un homme. Chacun répondait oui et le public comprenait par la suite qu’il s’agissait de nos pères. » Et d’ajouter : « Il y a une chimie entre Franck et moi qui est difficile à expliquer par des mots. Je l’admire, et j’ai beaucoup appris avec lui. »

Céline Dion

« Elle m’a toujours inspiré, car c’est une femme qui n’a jamais eu la grosse tête malgré son succès. Quand j’étais animateur à la radio, elle a participé à mon émission à plusieurs reprises. Chaque fois qu’elle revenait, elle était un peu plus connue. Mais elle restait toujours la même. On a ensuite fait ensemble des émissions spéciales de La petite Vie, puis j’ai tourné Omerta avec son mari. Quelques années plus tard, j’ai fait sa première partie au Centre Bell. »

Son fils, Axel

Axel, le fils de Stéphane, a six ans. Il est né prématurément, ce qui a donné lieu, d’ailleurs, à l’un de ses plus beaux numéros, Le prématuré. Séparé de la mère de son fils, la danseuse Maud St-Germain, Stéphane avoue qu’il est père poule. « Il a changé ma vie. Je n’ai plus beaucoup de famille alors mon fils, c’est la continuité. À sa naissance, j’ai vécu toutes les gammes d’émotion. Ça a été la plus grande angoisse de ma vie. Aujourd’hui, quand le téléphone sonne, j’ai toujours peur qu’on m’annonce une mauvaise nouvelle. » Récemment, lors de sa tournée en France, Axel a rejoint son père à Paris. « Je lui ai fait découvrir l’intérieur du Palais Royal, ce lieu mythique. Il y a des passages secrets, des alcôves, il a beaucoup aimé ça. Quand j’avais son âge, j’aurais aimé qu’on me montre l’envers du décor. » Stéphane, passionné de dessin et de peinture, dessine aussi beaucoup avec Axel. « Même s’il ne dessine en ce moment que des camions et des voitures! » À l’approche de la cinquantaine, l’artiste nous confie vouloir mettre la pédale douce sur les spectacles pour passer plus de temps avec son fils. « Je ne veux pas qu’il me dise un jour : “Tu n’étais pas là”. Comme je ne pense pas avoir d’autres enfants, je ne veux pas rater ça. »

Reem Kherici

Après quatre ans d’amour, les comédiens se sont séparés, il y a quelques mois. Le couple s’était rencon­tré sur le plateau du film de Michaël Youn, Fatal, en 2010. Stéphane avait ensuite joué dans la première réalisation de Reem, Paris à tout prix, en 2013. Leur rupture serait due, selon certains, à la distance, puisque tous deux passent le plus clair de leur temps de chaque côté de l’Atlantique. Toutefois, Stéphane nous précise qu’ils sont toujours en très bons termes.

Maud St-Germain

La danseuse Maud St-Germain est la mère du petit garçon de Stéphane, Axel. « Quand tu vis une séparation, tu veux que ça se passe bien pour ton enfant. J’ai cette chance avec Maud. On se parle tous les jours, on s’entend très bien. »

Marc Labrèche

C’est Stéphane lui-même qui nous a demandé d’ajouter Marc Labrèche à cette galerie de personnages. « Je l’estime beaucoup. J’aime sa liberté, sa folie. Nous avons travaillé ensemble sur Le cœur a ses raisons et un gala Juste pour Rire. C’est quelqu’un d’extrêmement gentil et de charismatique. »

Stéphane Rousseau sera du 22 au 25 avril au Théâtre St-Denis, puis en tournée partout au Québec. Toutes les dates de spectacles sur http://www.hahaha.com/fr/show/stephane-rousseau-un-peu-princesse.

Dans les yeux de Franck Dubosc

Juste avant d’entrer en scène pour son spectacle À l’état sauvage, qui connaît actuellement un grand succès partout en France, Franck Dubosc a accepté, avec la générosité qui le caractérise, de s’entretenir avec nous par téléphone pour nous parler de son grand ami.

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Qui vous a présentés?

Gilbert Rozon, le patron de Juste pour rire, lors du Festival, en 2000. Il s’est dit : « Ces deux-là, leurs carrières se ressemblent, ça va matcher. » Et il avait raison. On ne se connaissait pas et, dans les trois secondes qui ont suivi, on est devenus amis. On a alors décidé de coanimer un Festival Juste pour rire ensemble, et d’autres ont suivi. Très rapidement, quand on s’est rencontrés, Stéphane m’a fait entrer dans son intimité en m’invitant dans sa maison des Laurentides, à la campagne, avec nos petites amies respectives de l’époque.

Il existe une vraie complicité entre Stéphane et vous. Qu’avez-vous en commun?

Une pudeur, je crois. Stéphane, d’ailleurs, est un être extrêmement pudique. Une solitude aussi, par rapport à ce qu’on est dans notre métier. Être un artiste populaire peut vous isoler et, plus on essaie de s’adresser à un large public, plus on est seul. Tous les deux, quand on se retrouve, on aime la simplicité, c’est cela qui nous réunit.

Aussi, Stéphane a su accepter mes défauts, mon côté chiant, un peu bougon, très français, quoi! De mon côté, j’ai accepté son côté artiste, solitaire. Stéphane pourrait vivre seul dans une cabane. Et je crois que j’ai su entrer dans sa cabane sans le déranger. Tous les deux, nous sommes aussi deux grands enfants. Au début, lorsqu’on s’est connus, on a passé beaucoup de temps à faire de petits films et à jouer aux soldats, comme quand on était à la maternelle! D’un point de vue professionnel, on est assez différents dans notre façon de travailler, mais pas dans notre volonté d’arriver à un résultat.

Est-ce que le Stéphane que l’on voit sur scène est très différent de ce qu’il est dans la vie?

Comme je l’ai dit, Stéphane est une personne qui a énormément de pudeur. Il a beaucoup de failles, notamment parce qu’il a perdu plusieurs de ses proches. Sa mère, très jeune, puis, plus récemment sa sœur et son père. Dans son dernier spectacle, que j’ai vu et que j’aime beaucoup, il se livre beaucoup plus. Il a commencé à retirer le masque du jeune séducteur pour être plus proche de ce qu’il est vraiment. Quand on vit longtemps en apnée, à un moment donné, on a envie de respirer. Et c’est ce qu’il fait actuellement. Nous avons vécu ensemble beaucoup de moments de bonheur, mais aussi des moments très graves. Nous avons perdu en même temps nos pères d’un cancer, puis nos sœurs au même moment aussi. Nous avons vécu ensemble nos ruptures amoureuses, nos nouveaux amours. Beaucoup d’émotions positives et négatives. C’est très étrange. C’est comme si nos destins étaient liés. Gilbert Rozon avait senti cela.

Quelle est, selon vous, la plus grande qualité de Stéphane?

Sa gentillesse.

Son plus grand défaut?

Il serait capable de pouvoir vivre sans moi!

Quelle différence culturelle ressort le plus entre vous?

Stéphane retient beaucoup ses émotions. Il est plus sage que moi. Moi, j’extériorise, je ronchonne. Lui arrive à passer au-dessus de beaucoup de choses.

Diriez-vous que, grâce à votre amitié, vous avez pu découvrir le Québec autrement?

Oui, bien sûr. J’ai connu le succès avec lui et grâce à lui, au Québec. Professionnellement, Stéphane m’a appris à oser beaucoup plus, car, lui, n’a pas peur de dire des bêtises. Il ose tout devant un public. Il m’a appris à me libérer.

Quel est votre plus beau souvenir sur scène avec Stéphane?

C’est quand nous nous sommes retrouvés tous les deux en string sur la scène du Festival Juste pour Rire en 2003, avec une pizza pour cacher notre sexe. On nous en parle encore!

Et en dehors de la scène?

La rencontre de nos deux garçons a été un moment très émouvant. Dès qu’ils se sont vus, ils se sont jetés dans les bras l’un de l’autre. Ils ont un an de différence. Mon fils a aujourd’hui cinq ans, celui de Stéphane, six.

Axel (le fils de Stéphane) est né prématurément et ça a été un moment très difficile pour Stéphane. Vous et votre mère avez alors été très présents pour lui. Stéphane fait-il un peu partie de votre famille?

Oui, que ce soit pour ma mère ou pour moi, il fait sans aucun doute partie de la famille.

Avez-vous un rituel lorsque vous vous retrouvez?

Non, nous n’avons pas de rituel, mais Stéphane m’appelle « mon petit bonhomme » et moi aussi. On est chacun le « p’tit bonhomme de l’autre ». On aime se retrouver autour d’un verre de rosé, discuter entre amis.

Quel regard portez-vous sur la carrière de Stéphane?

J’ai beaucoup d’admiration pour lui. Pour un humoriste, il a déjà une très longue carrière, car il a commencé très jeune. J’aime la manière dont il a évolué dans l’écriture. C’est fort, vous savez, de pouvoir faire une carrière comme il le fait, à la fois au Québec et en France! Ça n’est pas facile et ça demande beaucoup de travail.

Vous êtes tous deux humoristes et comédiens. Vous avez joué ensemble dans de nombreux spectacles et films. Vous êtes-vous déjà retrouvés en situation de rivalité?

Non, jamais. Il n’y a aucune rivalité entre Stéphane et moi. Même pas pour les femmes!

Vous avez souvent dit vouloir écrire un film ensemble. Est-ce toujours un projet que vous avez en tête?

Oui, un jour cela se fera, mais je ne peux pas vous dire quand.

Avez-vous des projets à court terme avec lui?

Non, mais j’aimerais bien qu’il vienne me rejoindre quelques jours dans ma maison du sud de la France quand il aura terminé sa tournée!

- Diane Stehlé

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