Le hockey à Québec – L’héritage des Bulldogs

29 janvier 2014

À la fin du 19e siècle à Québec, c’est autour de la patinoire du Quebec Skating Rink que la ferveur des partisans de hockey se manifestait, surtout lorsque les Bulldogs y affrontaient leurs adversaires. Puis, après avoir attendu de nombreuses années qu’une équipe de hockey de ligue majeure s’installe à Québec, c’est au Colisée que les amateurs de hockey se rendaient, nombreux et fidèles, pour encourager leur équipe fétiche : les Nordiques. Petite histoire d’un amour qui ne veut pas mourir.

À l’heure où l’on construit un amphithéâtre multifonctionnel de plus de 18 000 places dans l’espoir d’y voir évoluer une équipe de hockey de ligue majeure, on oublie aisément qu’il fut un temps où le simple fait de recouvrir une patinoire d’un toit était exceptionnel! Inauguré en 1877, le Quebec Skating Rink, alors situé devant le Parlement près de la porte St-Louis, abritait une glace pour la première fois au Québec (peut-être même au monde). Et c’est là qu’en 1878 l’équipe du Quebec Hockey Club, surnommée ensuite « Bulldogs » par ses partisans en raison de sa mascotte, a fait ses débuts. Jusqu’en 1913, les Bulldogs y ont joué contre différentes équipes provenant notamment de Montréal, de Halifax et de Québec même, tandis que le Quebec Skating Rink, lui, a changé deux fois d’emplacement pour se retrouver d’abord du côté sud de la Grande Allée, en 1888, puis sur les Plaines d’Abraham, en 1892.

Mais c’est surtout durant les hivers de 1912 et 1913 que les Bulldogs se « légendifient », pour parodier Fred Pellerin. Menés par leur capitaine Joe Malone, alors dans la jeune vingtaine, et protégés par leur gardien de but vedette Paddy Moran, les joueurs conquièrent la fameuse Coupe Stanley deux années de suite. Entre les deux saisons, l’équipe s’est déplacée pour évoluer sur la patinoire d’un nouvel aréna construit au parc Victoria. En 1920, après avoir connu de multiples difficultés, dont plusieurs d’ordre financier, le Quebec Hockey Club déménage à Hamilton en Ontario.

Des Bulldogs aux As

Déçus, les amateurs de hockey de la Vieille Capitale reportent leur affection sur les As de Québec, une équipe formée d’employés de la Anglo-Canadian Pulp and Paper. Au cours de son existence, entre 1928 et 1971, l’équipe s’intègre à plusieurs ligues de hockey, remporte plusieurs championnats et, comme s’il s’agissait d’une tradition, change de glace à quelques reprises. Après l’incendie de l’aréna du Parc Victoria, en 1942, les As jouent sur la patinoire du Palais de l’agriculture, rebaptisé le Colisée, sur l’actuel site d’Expo Cité. Après que celui-ci eût brûlé également, on reconstruit un bâtiment au même endroit et on le surnomme le Petit Colisée, puisque le vrai, plus grand, est en construction à côté de l’hippodrome. Finalement, c’est en 1949 que l’équipe inaugure l’actuel Colisée en y jouant contre les Citadelles devant les Québécois ravis, bien que debout puisqu’aucun des 10 000 sièges n’est encore installé.

L’aventure des Nordiques

L’histoire commence en 1972, sur la glace du Colisée. L’équipe gagne le championnat de sa division dans l’Association mondiale de hockey en 1975 et la coupe Avco, en 1977, contre les Jets de Winnipeg. Les Fleurdelisés font leur entrée dans la Ligue nationale de hockey (LNH) en 1979 et le Colisée doit augmenter sa capacité à environ 15 000 places pour satisfaire les critères de la LNH.

C’est le début de la grande confrontation Canadiens-Nordiques, surtout après l’arrivée des frères Peter et Anton Stastny, évadés de Tchécoslovaquie. La rivalité s’enflamme entre les deux formations durant les séries éliminatoires de 1982, alors que les Bleus éliminent le Tricolore en prolongation du cinquième match de la demi-finale, au Forum de Montréal. Elle culmine le 20 avril 1984, durant le sixième match de la finale de la division. Alors que Montréal domine, la bagarre générale éclate à deux reprises entre les joueurs des deux équipes. Résultat : douze participants sont expulsés et 200 minutes de punition sont attribuées. Les Canadiens sortent vainqueurs de l’affrontement. Une autre controverse surviendra entre les mêmes protagonistes lors des séries éliminatoires de 1987, concernant certaines décisions des arbitres, et le Tricolore sera encore une fois gagnant.

Les années 90 marquent le début de la descente aux enfers des Nordiques : départs de joueurs vedettes, changements d’entraîneurs, incertitudes financières, etc. La patience des amateurs est mise à l’épreuve, mais les fidèles restent nombreux dans les estrades du Colisée. En 1995, l’équipe déménage à Denver, au Colorado et, comble de l’ironie, y gagne la Coupe Stanley! Encore une fois, des considérations financières et commerciales auront sonné le glas du hockey de ligue majeure à Québec.

Le Rendez-vous 87

La petite histoire du hockey à Québec passe inévitablement par le Rendez-vous 87, cette minisérie de deux matchs entre l’équipe nationale d’URSS et une équipe d’étoiles de la LNH. Les festivités sont lancées le 8 février 1987, en plein Carnaval de Québec. En plus du volet sportif et compétitif, un volet culturel est au rendez-vous [c’est le cas de le dire] : exposition de 3 000 objets du Temple de la renommée, réunion des plus grandes vedettes du hockey et du sport en général, défilés de mode, dîners gastronomiques et prestation du renommé chœur de l’Armée Rouge! Quant aux matchs qui se livrent au Colisée, des dizaines de millions de téléspectateurs dans le monde les suivent avec intérêt. Les opposants sortent ex aequo de la compétition et l’événement, qualifié d’« inoubliable », connaît un immense succès et reste gravé dans l’imaginaire des Québécois.

Des souvenirs mémorables

Difficile de décrire l’attachement des Québécois au hockey. Il y a là quelque chose de viscéral, voire génétique. Le hockey est incorporé dans l’ADN des Québécois! En plus de sa dimension sportive et compétitive, ce sport national véhicule des valeurs qui sont à la fois identitaires, familiales, affectives et communautaires. Sans parler des enjeux politiques et financiers qui s’y rattachent. Bref, on ne badine pas avec la rondelle ici, et pour plusieurs résidents de Québec le souvenir de leurs soirées au Colisée soulève beaucoup d’émotions. L’anticipation, la ferveur et la tension du jeu : non, ils n’ont rien oublié.

Nostalgie ou tradition? Reste que de nombreux Québécois rêvent de préserver le rôle prépondérant du hockey dans la culture nationale. Devenu trop petit et vétuste, le Colisée Pepsi, ainsi renommé en 1999, cédera sa place en 2015 à un nouvel amphithéâtre de 18 482 places. Y verra-t-on évoluer une équipe de hockey de ligue majeure comme le souhaitent des milliers d’amateurs de hockey? Une équipe qui chaussera les patins des Nordiques dans l’imaginaire québécois? Ça reste à voir, mais une chose est certaine, la flamme est là et elle ne vacille pas.

- Sylvie Lamothe

 

Sources :
NOTRE HISTOIRE – Le site historique des Canadiens de Montréal. Adversaires – Nordiques de Québec.

www.notrehistoire.canadiens.com/opponent/Quebec-Nordiques.
Consulté le 22 octobre 2013.

VILLE DE QUÉBEC. Québec, une ville de hockey.

www.ville.quebec.qc.ca/archives/souvenirs_quebec/pages_histoire/quebec_ville_hockey/
Consulté le 22 octobre 2013.

LES NORDIQUES – Toute l’histoire de 1972 à 1995.

www.histoirenordiques.ca/
Consulté entre le 22 octobre et le 4 novembre 2013.

WIKIPÉDIA, l’encyclopédie libre.

Bulldogs de Québec.
www.fr.wikipedia.org/wiki/Bulldogs_de_Quebec
Consulté le 28 octobre 2013.
As de Québec.
www.fr.wikipedia.org/wiki/As_de_Quebec
Consulté le 29 octobre 2013.
Colisée Pepsi.
www.fr.wikipedia.org/wiki/Colise_PepsiConsulté le 29 octobre 2013.
Quebec Skating Rink. www.fr.wikipedia.org/wiki/Quebec_Skating_Rink
Consulté le 28 octobre 2013.



Les Nordiques de Québec – Les souvenirs de…

Jérôme Landry

Animateur à CHOI 98,1 Radio X

Quels souvenirs gardez-vous de l’époque des Nordiques?
Moi, j’ai du sang bleu dans les veines. Dès l’âge de cinq ou six ans, j’accompagnais mon père aux matchs des Nordiques. C’était LA sortie. J’y pensais plusieurs jours à l’avance. Toutes mes soirées d’hiver étaient occupées à suivre les Nordiques, même à la radio. Ça coûtait sept ou huit dollars à l’époque pour voir un match au Colisée dans les sièges du haut, et quand les Canadiens nous visitaient, on virait fous! Ça fait partie de nous, le hockey, à Québec. Mes meilleurs souvenirs père-fils sont reliés au hockey, aux Nordiques et au Colisée.

Vous aimeriez perpétuer cette tradition familiale?
Oui, j’aimerais pouvoir revivre ça avec mon fils de trois ans, mais cette fois dans le rôle du père…

Marcel Aubut

À la tête des Nordiques pendant 17 ans, d’abord dans le rôle de conseiller juridique et finalement dans celui de président et actionnaire.

En 2015, cela fera 20 ans que les Nordiques ont quitté Québec. Avec le recul, quel est votre plus beau souvenir de l’époque où les Nordiques jouaient à Québec?
Il y en a beaucoup! D’abord la fusion de la Ligue nationale de hockey avec l’Association mondiale de hockey, l’arrivée des frères Stastny à Québec en 1980, l’obtention des droits de diffusion des matchs à la télévision, en 1984, et plusieurs autres moments marquants sans lesquels les Nordiques ne seraient jamais devenus ce qu’ils sont aujourd’hui : une légende.

On peut lire sur le site des Nordiques que le Rendez-vous 87 a été « le plus grand Match des étoiles de l’histoire de la ligue », diriez-vous que c’est toujours vrai?
C’est bien plus que ça. La Ligue nationale n’a jamais réussi à organiser un événement ou un Match des étoiles de cette ampleur-là, par la suite. Le succès de Rendez-vous 87 n’a jamais été surpassé, ni même égalé. C’est vraiment un événement qui a marqué l’histoire, parce qu’aujourd’hui encore quand j’assiste au Mmatch des étoiles, tout le monde m’en parle. On pourrait dire que l’âme de Rendez-vous 87 continue à vivre, même après 30 ans.

Pensez-vous que les gens de Québec ont un rapport particulier avec le hockey, qui les différencie des partisans d’autres villes?
Oui, c’est vrai. Ça s’explique d’abord parce que du temps des Nordiques, c’était la seule équipe de sport professionnel à Québec, alors que les autres villes nord-américaines en avaient une ou deux. Il y a aussi le fait que c’est un marché qui est petit, donc il y a une grande proximité entre les joueurs et la population. Enfin, les gens de Québec sont les meilleurs fans de hockey du monde, tout simplement!

Alain Côté

Ailier gauche des Nordiques durant 12 saisons

Vous avez joué douze saisons avec les Nordiques avant de prendre votre retraite du hockey en 1989. Aujourd’hui, qu’est-ce que ça représente pour vous d’avoir joué pour cette équipe?
Il y a eu beaucoup de beaux moments et, si c’était à refaire, je recommencerais demain matin. Cette période de ma vie m’a apporté plein de bonnes choses. L’équipe a réalisé une belle progression en se classant parmi les quatre meilleures de la ligue, quelques années seulement après son entrée dans la LNH. De mon côté, je me suis battu plusieurs fois pour garantir ma place et, finalement, je pense que j’ai été un rouage important de l’équipe. Je suis fier de tout ça.

Depuis 1987, l’épisode du fameux but refusé lors des séries éliminatoires vous colle à la peau. Auriez-vous aimé qu’on se souvienne de vous pour autre chose que pour ce but?
C’est vrai que cet événement a été très médiatisé et c’est bien qu’on se le rappelle, mais j’aurais préféré qu’on se souvienne de moi comme d’un joueur qui a remporté la coupe Stanley… D’ailleurs, la légende est entretenue par Michel Bergeron, qui en parle à chaque analyse de but refusé!

Quel souvenir gardez-vous de l’ambiance des matchs au Colisée?
On avait « des méchants bons » partisans, un public de connaisseurs! Des émotifs qui réagissaient à toutes nos performances, les bonnes comme les moins bonnes.

Michel Bergeron

Entraîneur des Nordiques de 1980 à 1987

Quel rôle pensez-vous que les Nordiques ont joué dans l’histoire du hockey au Québec et dans la ville de Québec?
Un rôle important, entre autres parce que l’arrivée des Nordiques a réparti les partisans des Canadiens en deux clans. Je me rappelle qu’au début, on n’était pas pris au sérieux, mais après notre victoire contre les Canadiens, durant les éliminatoires de 1982, les choses ont changé. On a commencé à être respectés, et pas seulement au Québec, dans la LNH aussi. Quant à la ville de Québec, je pense que le hockey a marqué son histoire. Il y a eu les As, l’épopée de Jean Béliveau, les Remparts de Québec – avec Guy Lafleur et Maurice Filion –, puis la venue des Nordiques. Les équipes qui nous affrontaient aimaient venir jouer à Québec parce que c’est une ville extraordinaire, mais c’était difficile d’attirer des hockeyeurs de l’étranger, à cause du caractère français de la Capitale.

Quels sont vos meilleurs souvenirs comme entraîneur des Nordiques?
Nos deux victoires contre les Canadiens en séries éliminatoires. La première en 1982, quand Dale Hunter a marqué un but en prolongation, et la deuxième en 1985, quand Peter Stastny a réussi le but gagnant. Pelle Lindbergh avait été extraordinaire devant le filet des Flyers! Ce sont des moments importants que je n’oublierai jamais. Comme je serai toujours reconnaissant envers Maurice Filion d’avoir cru en moi et de m’avoir donné ma chance. Ç’a été le début d’une formidable aventure. On formait une belle et grande famille tous ensemble. Et j’ai adoré vivre à Québec, c’est là que j’ai élevé mes enfants.

Si c’était à refaire, est-ce qu’il y a des choses que vous referiez différemment?
Oui, beaucoup de choses. J’ai fait des erreurs, j’étais jeune, fougueux, arrogant à l’occasion… J’essaierais d’être meilleur. Ce que j’aurais aimé, c’est gagner une coupe Stanley pour les partisans de Québec. Les meilleurs au monde, selon moi.

Marian Stastny

Ailier droit des Nordiques durant quatre saisons

En 1981, vous avez décidé de quitter votre pays, la Tchécoslovaquie, pour venir jouer au hockey ici au Québec, mais finalement vous n’êtes resté que quatre saisons avec les Nordiques. Aujourd’hui, le bilan que vous faites de cette décision est-il positif?
Oui très positif. Les deux premières années ont été fructueuses et j’étais très content. Puis, je me suis blessé et la suite des événements a été plus décevante, mais mon séjour à Québec a été excellent. J’ai adoré ça.

Quel est votre meilleur souvenir de votre passage chez les Fleurdelisés?
C’est le souvenir des spectateurs devant lesquels on jouait, toujours très nombreux. Les gens applaudissaient énormément. Cette présence, je ne peux pas l’oublier.

Selon vous, les partisans de Québec étaient-ils différents de ceux de la Tchécoslovaquie, de la Suisse ou des États-Unis?
Oui, à Québec les partisans étaient toujours nombreux et très démonstratifs. Dans mon pays, à l’époque, il y avait moins de spectateurs, car les gens vivaient des moments difficiles. Mais à la fin de ma carrière, le Colisée était toujours rempli et la foule, plus bruyante qu’en Europe. Ici, les partisans comprennent très bien le hockey, alors ils sont exigeants. Et comme ils n’aiment pas voir leur équipe perdre, ils font tout pour l’encourager et la faire avancer.

- Propos recueillis par Sylvie Lamothe



Commentaires

commentaires