Libre penseur et amoureux des insectes

13 juin 2016

Notaire, entomologiste, homme d’affaires, pilote d’avion, conférencier, scénariste, acteur : Georges Brossard semble avoir vécu mille vies en une. Et pour cause, selon ses propres dires, l’être humain ne devrait pas se limiter, mais plutôt poursuivre ses rêves coûte que coûte. Retour sur le parcours hors du commun du fondateur de l’Insectarium de Montréal à l’occasion de la sortie de son roman Maudite passion.

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À 76 ans, Georges Brossard a un emploi du temps bien chargé. Et c’est tant mieux. Car l’entomologiste, aujourd’hui conférencier, a de l’énergie à revendre. Après avoir parcouru plus de 140 pays pendant plus de vingt ans à la recherche de centaines de milliers d’insectes et après leur avoir construit un grand temple à Montréal et dans plusieurs autres villes du monde, il va aujourd’hui à la rencontre des jeunes afin de les convaincre d’aller jusqu’au bout de leurs rêves. « L’être humain n’utilise que 20 % de ses capacités. Je vais dans les écoles, je rencontre des enfants et de jeunes professionnels, et je les motive à croire en leur passion, à créer et à faire les choses différemment. »

Faire les choses différemment. Voilà qui résume bien la vie de celui qui a dépoussiéré le monde du notariat et qui a réussi à réconcilier les humains avec les insectes, ces mal-aimés. « Lorsque j’étais notaire, j’étais très proche de mes clients. Je développais chez eux l’intérêt pour l’immobilier. Je leur conseillais d’acheter des maisons à 30 ou 40 000 $, en persuadant la Caisse Desjardins de leur prêter des fonds. Aujourd’hui, leurs maisons valent plus d’un million. » Grâce à cette brillante carrière de notaire, Georges Brossard est devenu millionnaire en quelques années. À 38 ans, il a décidé de tout quitter pour voyager et chasser les insectes. « J’aime me réinventer, me mettre en danger et repartir à zéro. Je suis libre. »

La revanche d’un cancre

Au fil de ses voyages, il a bâti la collection privée d’insectes la plus importante au monde. Puis, en 1990, avec l’aide de Pierre Bourque, grand ami et ex-maire de Montréal, il a fondé l’Insectarium de Montréal. « À l’époque, bien des personnes me traitaient de fou », se rappelle-t-il. Et comme rien n’est assez grand pour lui, il a ensuite créé la série télévisuelle Insectia, qui s’est vendue dans 160 pays et a rejoint des millions de téléspectateurs. En 2004, sa vie a inspiré la réalisatrice Léa Pool qui, dans Le papillon bleu, a retracé son périple dans la jungle avec un enfant cancéreux en phase terminale qui rêvait d’attraper un morpho bleu. Dans le film comme dans la vie, le petit garçon a survécu.

Et pourtant, rien ne prédestinait Georges Brossard à suivre ce parcours exceptionnel. À l’école, il était toujours le « 33e sur 33 ». Mais à force de persévérance et de travail, il a finalement décroché son diplôme de fin d’études. Fils de cultivateur, Georges Brossard a été élevé sur une ferme à… Brossard. « Mon père a fondé la ville de Brossard. C’était un entrepreneur-né. Il m’a beaucoup inspiré. » Quant à sa mère, elle lui a légué sa grande générosité. « À Noël, sur les deux cadeaux que je recevais, ma mère m’obligeait à en donner un à un enfant défavorisé. » L’entomologiste est d’ailleurs impliqué depuis des années auprès d’associations qui s’occupent de personnes atteintes d’autisme, de schizophrénie et de déficience intellectuelle.

Des projets plein la tête

S’il rêve de faire un retour au petit écran avec une émission qui mettrait en vedette des Québécois avec des parcours hors du commun – « les jeunes ont besoin de modèles » –, Georges Brossard envisage également de mettre sur pied une entreprise spécialisée dans l’élevage massif d’insectes pour nourrir animaux et êtres humains. « Deux milliards de personnes dans le monde mangent déjà des insectes. Un insecte contient 85 % de protéines contre 15 % pour un steak. Mais, surtout, il coûte moins cher à produire et nuit beaucoup moins à l’environnement », dit-il.

Au regard de ses multiples réalisations et de sa détermination à atteindre ses objectifs, nul doute que son projet prendra forme. D’ailleurs, lorsqu’il se rend dans les établissements scolaires, sa démarche, nous confie-t-il, « va bien au-delà de la découverte des insectes ». Lorsqu’il invite les enfants à tenir dans leurs mains une mygale ou un scorpion, il leur fait comprendre qu’il est possible de surmonter sa peur et que les obstacles auxquels ils feront face dans leur vie leur permettront de devenir plus forts.

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En 1993, Georges Brossard boucle ses valises, avec l’espoir de faire la chasse de sa vie et de ramener une quantité phénoménale d’insectes et d’arachnides, qui viendront s’ajouter à sa collection déjà impressionnante. L’Afrique du Sud recèle de fabuleux paysages et d’une faune grandiose. Toutefois, l’époque est incertaine et, pour l’excentrique aventurier, les péripéties plus ou moins heureuses se succèdent. Mais au-delà des multiples contrariétés éprouvées et des dangers courus, ce récit est surtout une histoire de relations humaines : les personnes que l’on quitte, celles que l’on rencontre, les liens d’amitié qui se tissent et se défont, les ambitions qu’on partage et les opinions qu’on ne partage pas.

Maudite passion de Georges Brossard et Barbara Kahle, Éd. Druide, Collection Reliefs.

- Diane Stehlé

Photographie: Jean-Jacques Bourdages

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