Naître dans le mauvais corps

14 mars 2016

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La fascinante téléréalité documentaire Je suis trans, présentée sur les ondes de Moi & cie, dresse le portrait inspirant de cinq transgenres qui ont tous dû affronter plusieurs obstacles avant de vivre une « fin heureuse ». Enfin, on laisse tomber les histoires catastrophiques et sensationnelles pour faire place à des parcours empreints d’humanité et d’ouverture d’esprit.

On fait ainsi la connaissance de Zacharry, âgé de 27 ans, de Jesyka, 26 ans, d’Alexis, 31 ans, de Danielle, 38 ans et de Khloé, la plus jeune, âgée de 14 ans, dont la famille a commencé à se questionner sur son identité sexuelle alors qu’elle avait trois ans.

Le « p’tit garçon manqué »

Originaire de Lévis, Zacharry-David Dufour a commencé sa transformation à l’âge de 18 ans. Depuis, il doit s’injecter de la testostérone quotidiennement et devra le faire jusqu’à la fin de ses jours. D’aussi loin qu’il se souvienne, le jeune homme, né sous le nom d’Ariane, s’est toujours considéré comme étant différent des autres. « Quand j’avais quatre ou cinq ans, j’allais jouer chez les voisins et je me faisais passer pour un petit garçon », raconte celui qui, pour sa famille, était un « p’tit garçon manqué ». Ariane était sportive et refusait de porter des robes. « Je me disais qu’à la puberté j’aimerais les robes et tout ce qui est féminin. » Mais ce moment ne s’est jamais présenté.

Son modus operandi s’est poursuivi jusqu’à ce qu’elle ait 15 ans, alors qu’elle se présentait comme un adolescent sur certains sites de rencontres. Elle a même vécu une relation amoureuse avec une jeune femme pendant quelques mois, sans que celle-ci connaisse son sexe biologique. « J’avais fait un coming out en tant que lesbienne, puisque j’étais attiré par les filles, explique-t-il, mais je n’étais pas à l’aise avec cette étiquette. Je n’ai d’ailleurs jamais eu de relation [sexuelle] homosexuelle. »

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Période sombre

Cette importante quête identitaire n’a toutefois pas été sans conséquence pour Zacharry, qui raconte avoir « vécu dans le mensonge » pendant un bon bout de temps, en plus de s’automutiler. « C’était une façon pour moi d’attirer l’attention, jusqu’à ce que ma mère me demande si je me sentais davantage comme un “p’tit gars” », raconte-t-il avec résilience. « Heureusement pour moi, j’ai des parents ouverts, ce qui m’a probablement permis de ne pas tomber dans la drogue et l’alcool. »

C’est à l’âge de 18 ans, lorsqu’il a vu Alexis (également participant de l’émission) en entrevue à l’émission Tout le monde en parle, que tout s’est éclairci et a pris son sens. « Ça m’a enlevé un gros poids. À partir de ce moment, je me suis dit : “Je suis comme ça, c’est tout”. »

Mais, puisque la puberté avait déjà fait son œuvre, il était trop tard pour prendre des bloqueurs d’hormones. « Mes seins avaient commencé à pousser, et j’avais déjà eu mes menstruations », raconte celui qui a aujourd’hui subi une double mastectomie (ablation des seins) et une hystérectomie (ablation de l’utérus). La prochaine étape, et non la moindre, sera la métoidioplastie, prévue en avril, qui mettra un terme à sa transformation. « C’est certain que je suis stressé. Ça fait peur, mais je suis prêt », mentionne Zacharry, qui aura ainsi des organes génitaux masculins.

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Vivre avec la différence

Assumé et serein, le jeune homme mord aujourd’hui dans la vie à pleines dents. Il se sent même privilégié d’avoir « connu les deux mondes ». Est-ce que ça lui donne une longueur d’avance avec les filles? « Je ne sais pas si je pogne plus, mais je comprends comment ça marche! », lance-t-il en riant.

Présentement étudiant à l’Université Laval en psychologie, il aimerait devenir psychologue clinicien et enseignant.

- Elisa Cloutier

Photographie: Stéphanie de la Ronde

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