Nourrir et propager le savoir culinaire

5 octobre 2015

J-F_2Crédit Émilie Pelletier

Chaque année, La Tablée des Chefs nourrit 450 000 personnes dans le besoin en récupérant les surplus de nourriture des hôtels et des traiteurs. L’organisme permet aussi d’apprendre aux élèves des écoles secondaires des milieux défavorisés à cuisiner. L’idée est de Jean-François Archambault, entrepreneur visionnaire, passionné de bonne bouffe et soucieux d’améliorer la société d’aujourd’hui.

Lorsqu’il étudiait en gestion hôtelière à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), Jean-François Archambault suivait un cours de cuisine. « Pour s’entraîner, on préparait de la nourriture pour 80 personnes. À la fin, il fallait tout mettre à la poubelle », se souvient-il. Choqué, le jeune apprenti était allé voir son enseignant. La nourriture ne devrait-elle pas être donnée plutôt que jetée? La réponse avait été sans appel : non, car les risques d’intoxication sont trop importants. Quelques années plus tard, alors qu’il travaillait pour le service des ventes du prestigieux hôtel Château Vaudreuil et organisait les banquets, la même situation s’était présentée. Et encore une fois, Jean-François avait réagi. Pour obtenir la même sempiternelle réponse : « Impossible. On ne peut casser la chaîne du froid. »

En mai 2000, un événement majeur vient bouleverser la vie de Jean-François. Sa mère, après avoir lutté pendant dix ans contre le cancer, y succombe. Elle a 49 ans. Ce drame lui donne un véritable coup de fouet alors qu’il vient de décrocher un poste de vendeur au chic Hôtel Fairmont à Tremblant. « Ma mère a été toute sa vie très impliquée socialement, notamment auprès des personnes âgées. Désormais, elle n’était plus là pour s’en occuper. De mon côté, j’avais un projet porteur, mais je n’avais encore rien fait. Je me suis senti coupable. Il fallait que je bouge. »

Naissance de La Tablée des Chefs

Quelques mois plus tard, grâce à ses relations et à l’aide de son père, avocat pour la Société des chefs cuisiniers du Québec, il réunit des personnalités influentes du milieu de l’hôtellerie et de la restauration, et invite le ministère de l’Agriculture pour l’inspection des aliments (MAPAQ) à se joindre à la rencontre. « Dès le départ, j’ai compris que mon projet n’aboutirait jamais sans l’appui du ministère ». En 2002, La Tablée des Chefs naît officiellement comme organisme à but non lucratif. Sa mission : nourrir les familles dans le besoin. « J’avais toujours en tête de réduire le gaspillage, mais ce volet était plus compliqué à mettre en place. » Avec le soutien des écoles hôtelières, La Tablée des Chefs réussit, dès la première année, à préparer 25 000 repas pour les banques alimentaires. Malgré toute la bonne volonté de Jean-François et de son équipe, ces bénévoles se heurtent toutefois à la dure réalité : leur emploi du temps ne leur permet pas de consacrer les heures qu’il faudrait pour que l’organisme prenne son envol. « Je dirigeais l’ouverture de deux hôtels Marriott à Montréal à titre de directeur des ventes et marketing. J’avais des semaines de 80 heures, c’était la folie. » Or, Pierre Boivin, président et directeur général des Canadiens de Montréal, déjà impliqué dans le projet, fait à Jean-François une proposition inespérée : implanter le projet de récupération de nourriture dans les loges du Centre Bell. « Je me suis dit que c’était maintenant ou jamais. » Fin 2005, avec l’appui du MAPAQ, l’organisme récupère neuf tonnes de nourriture au Centre Bell, soit 60 000 repas. Un an après, Jean-François quitte son travail pour se consacrer entièrement à son projet social. « Je gagnais très bien ma vie. J’ai accepté de réduire mon salaire de plus de moitié, j’ai vendu ma maison et je suis allé m’installer chez ma blonde. »

Crédit Émilie Pelletier

Transmettre le savoir culinaire

La Tablée des Chefs remplit donc sa vocation, donnant à manger aux plus démunis en récupérant les surplus. Mais Jean-François en veut plus. « Il fallait ajouter un volet éducation, car les compétences alimentaires se perdent, surtout dans les milieux défavorisés. Or, transmettre le savoir culinaire contribue à sortir de l’aide alimentaire. » La Tablée élargit alors ses activités et créé un camp d’été ainsi que des ateliers dans les Centres jeunesse. S’y ajoutent un peu plus tard des ateliers culinaires, implantés dans les écoles. Le but : apprendre aux adolescents les rudiments de la cuisine et d’une saine alimentation. « Aujourd’hui, ces Brigades Culinaires sont offertes dans 60 écoles secondaires et, d’ici trois ans, on veut doubler ce chiffre », conclut fièrement l’entrepreneur. Pour celui qui avait très jeune apprit de ses parents qu’il faut redonner à la société quand on est favorisé, c’est mission accomplie.

Pour en savoir plus : www.tableedeschefs.org
Tél. : 450 748-1638

La Tablée des Chefs, c’est :

  • 450 000 personnes nourries grâce à 125 tonnes de nourriture récupérée
  • 60 établissements et entreprises donatrices qui soutiennent le programme de récupération
  • Plus de 100 chefs impliqués
  • 60 écoles secondaires qui participent aux Brigades Culinaires
  • 500 jeunes qui profitent des camps culinaires à la Base de plein air Bon départ
  • 2 écoles de cuisine (à Longueuil et à Montréal au marché Jean-Talon)

La Tablée des Chefs, une entreprise sociale dont la mission est de nourrir et d’éduquer

Les Brigades culinaires

À travers 24 ateliers culinaires théoriques et pratiques offerts dans les écoles secondaires, des adolescents de 12 à 17 ans développent leurs compétences culinaires et apprennent les principes d’une saine alimentation pour gagner leur autonomie alimentaire.
En septembre 2015, les Brigades culinaires seront implantées dans 60 écoles secondaires. Des jeunes, au nombre de 1200, en profiteront ainsi, partout au Québec.
www.brigadesculinaires.com

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Grande finale provinciale des Brigades culinaires

Le 30 mai dernier, les quatre brigades finalistes du Québec se sont affrontées lors d’une compétition culinaire, animée par nul autre que Ricardo Larrivée, porte-parole de La Tablée des Chefs. Toutes les équipes, formées de jeunes adolescents provenant des écoles secondaires inscrites au programme, ont relevé quatre défis culinaires durant la dernière année, leur permettant d’accumuler des points. Cette année, c’est l’École Jacques-Rousseau (Longueuil) qui a remporté le concours.

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Ricardo Larrivée, porte-parole de La Tablée des Chefs

« L’une des façons d’améliorer notre société est de manger en famille, de transmettre nos connaissances culinaires à nos enfants. Ils apprennent ainsi à bien manger et à acquérir peu à peu une autonomie alimentaire. Et puis, autour d’une table, on apprend bien des choses. Notamment la démocratie et le respect des autres. Il faut attendre son tour pour être servi, pour parler, etc. Pour moi, la cuisine est une ouverture sur le monde. Autour de la table ou lors des cours de cuisine, on réalise que tout le monde a les mêmes aspirations : le partage, le bonheur, le désir de s’épanouir. J’ai trois enfants de 12, 15 et 17 ans. Ils manifestent le même bonheur de se dépasser, d’être fiers d’eux-mêmes quand ils cuisinent. Et ça, ça peut les mener très loin dans la vie. Les enfants, et tout particulièrement les garçons, ont besoin d’actions concrètes. La cuisine est parfaite pour ça. »

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Courtage en alimentation durable

Le service de courtage en alimentation durable de La Tablée des Chefs sert d’agent de liaison entre les producteurs de surplus alimentaires, plus particulièrement les donateurs du milieu des HRI (hôtels, restaurants et institutions), et les organismes qui les redistribuent aux personnes dans le besoin. Ce service est offert dans plusieurs régions du Québec, en plus d’être présent à Calgary, à Ottawa et à Toronto. Son développement ne cesse de croître et se dirige maintenant à l’international.
http://recuperationalimentaire.org

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- Diane Stehlé

Photographie: Emilie Pelletier

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