Paul Doucet ou la vie devant soi

13 juin 2016

Certains acteurs se sont révélés sur le tard. Louis de Funès, par exemple, avait 50 ans quand on lui a confié le rôle de Cruchot dans Le Gendarme de Saint-Tropez. Morgan Freeman en avait 52 quand on l’a découvert dans Miss Daisy et son chauffeur. On dirait bien qu’il en est de même pour le comédien québécois Paul Doucet, qu’on a l’impression d’avoir découvert avec la série Unité 9 dans le rôle de Georges Sainte-Marie, « l’aumônier le plus connu du Québec » (comme on l’a souvent entendu dire). Et pourtant…

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Depuis l’obtention de son diplôme de théâtre de l’UQAM, Paul Doucet multiplie les présences sur nos scènes, autant au théâtre et à la télévision qu’au cinéma. La liste des séries auxquelles il a participé est longue. Outre Unité 9, il y a eu notamment Mensonges, Mauvais karma, Musée Eden, Le bleu du ciel et Jean Duceppe, où il tenait le rôle-titre, qui lui a d’ailleurs valu le prix Gémeaux de la meilleure interprétation en 2003.

Otto Frank, le rôle d’une vie

Les adeptes de théâtre ont récemment eu le bonheur de le voir endosser avec grand talent le personnage d’Otto Frank dans la pièce d’Éric-Emmanuel Schmitt, Le Journal d’Anne Frank. Lorraine Pintal assurait la mise en scène de la pièce, présentée au Théâtre du Nouveau Monde et en tournée à travers le Québec. Il s’agissait du récit de l’histoire de la famille Frank, du point de vue du père d’Anne Frank. Paul Doucet incarnait ce personnage relativement méconnu avec une intense profondeur. « Cette partie de l’histoire me fascine, raconte-t-il. J’avais déjà de bonnes références lorsque j’ai accepté le rôle, et j’ai poursuivi mes lectures pour tenter de saisir la véritable nature de cet homme au destin si tragique. » La pièce a été jouée à partir de janvier 2015, soit 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. « Tous les membres de la famille Frank et les gens qui se cachaient avec eux sont décédés entre janvier et mars 1945. Il nous arrivait souvent de jouer le jour de l’anniversaire de leur mort. Nous le soulignions alors, c’était important. »

Le milieu scolaire, un soutien salutaire

Doucet porte bien son nom. Réservé, souriant, d’approche facile, bien dans sa peau, on le devine doux et très sensible. Comme les personnages qu’il incarne, sans doute. Mais s’il peut donner l’impression d’un homme sans histoires, sa vie n’a pourtant pas été un « long fleuve tranquille ». Au tout début de son secondaire 5, sa mère s’est suicidée. En plus de pouvoir compter sur le soutien indéfectible de son père, qui travaillait dans le milieu de l’éducation, il a pu, fort heureusement, trouver refuge auprès des membres du personnel de son école, le Collège Charles-Lemoyne. Plutôt réfractaire aux études, l’adolescent se démarquait toutefois par un certain talent musical. Et il aimait la scène et l’arrière-scène. L’orienteur du Collège « s’est mis sur son cas » et l’a enrôlé dans l’organisation du spectacle de fin d’année. Le cégep a suivi et, là aussi, il a grandement profité du soutien des responsables de la vie étudiante. En fait, c’est ce qu’il préférait, la vie étudiante! À l’UQAM, il a « bâti » son baccalauréat de manière à toucher à tout, ajoutant à sa participation comme étudiant-comédien aux trois représentations de base, une pléthore d’autres spectacles où il intervenait tantôt aux décors ou à l’éclairage, tantôt aux costumes. « On m’appelait le “king de la makita”! », raconte-t-il en riant.

Paul Doucet, c’est ça. Un homme apparemment calme qui veut tout comprendre et se laisse guider par sa curiosité. À 50 ans, il se sent encore très jeune. « On m’a souvent dit que c’est à 50 ans que “j’habiterais” mes rôles, car j’ai toujours eu l’air plus jeune que mon âge ». Aujourd’hui, il « fait » son âge, et on le découvre de plus en plus. Il partage sa vie depuis 18 ans avec la comédienne Marie-Claude Sabourin avec qui il a deux adolescents.

On s’apprête à le retrouver dans le rôle de Rémy dans le film Les 3 p’tits cochons 2, qui sortira en juillet. Avec la même sensibilité, le même talent, le même humour… Il faut s’attendre à ce que Paul Doucet occupe nos écrans (petits et grands) encore longtemps.

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Les 3 p’tits cochons 2

Les « trois p’tits cochons » se retrouvent cinq ans plus tard, juste avant la commémoration de l’anniversaire de la mort de leur mère. Ils sont toujours victimes de leur sexualité débordante.

Réalisé par Jean-François Pouliot (La grande séduction, Guide de la petite vengeance) et scénarisé par Pierre Lamothe (Les 3 p’tits cochons) et Claude Lalonde (10 ½, Les 3 p’tits cochons), le film met en vedette Paul Doucet, Guillaume Lemay-Thivierge et Patrice Robitaille (qui remplace Claude Legault), Sophie Prégent, Isabel Richer et Maxime Lepage.

- Renée Senneville

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