Prendre le temps de prendre le temps

1 mai 2014

Jeune photographe québécois globe-trotteur, Maxime Bellefleur parcourt la planète à la recherche de l’inspiration nécessaire pour immortaliser, en un bref instant, sa vision unique du monde. Ayant tout quitté et tout vendu, armé seulement de sa caméra et d’un sac à dos, il tente l’expérience du voyage lent depuis son départ de Québec en 2009.

Interlude de voyage sur Little Corn Island au Nicaragua. Île sans voiture ni électricité courante, sans internet et surtout sans problème.

Depuis que je vis sur la route et plus précisément dans les pays chauds, ma relation avec le temps a pris une autre dimension. Tranquillement, je m’imprègne du pouls local. Comme le disent si bien les Ticos (costaricains) avec Pura vida ou les Tanzaniens avec Akuna matata ou encore les Jamaïcains avec No problem man, je travaille plus lentement, je rate rarement ma sieste d’après-midi et je roule ma bosse au rythme de mes rencontres. Je ne cours plus, je respire. Je prends enfin le temps d’apprécier, de comprendre, de discuter et d’évoluer avec ce qui m’entoure et ceux qui m’entourent.

Installé sur mon île depuis quelques jours, je berce mes journées dans mon hamac. Mes orteils frôlent le doux sable blanc, la mer turquoise m’apaise, la vie est simplement belle. Cet après-midi, j’ai rendez-vous avec Willy, un ami pêcheur, qui m’invite à aller titiller du gros poisson en haute mer. Sam, son ami cuistot du petit shack local, m’a promis de me faire goûter de nouvelles saveurs, si je lui ramène une belle prise. Allez go!

Rendus à bord, Willy et son collègue me proposent un ceviche préparé à même notre chaloupe rudimentaire. Le mélange du citron, des oignons, des piments et du poisson à peine pêché inaugure à merveille mes premiers instants en mer. Simple, rafraîchissant, savoureux; je sens que la pêche sera bonne. Après les instructions de base, installé avec ma canne, je suis fin prêt pour de l’action.

Mais la chance se fait attendre, comme un vieux chum. Tant mieux, j’ai tout mon temps. J’en profite pour discuter avec Willy de son enfance, de sa réalité et des changements apportés par le tourisme devenu omniprésent sur l’île. À ses dires, la situation est plus complexe, depuis l’arrivée imposante d’expatriés désirant y ouvrir leur commerce. Ils causent la fermeture récurrente de petites entreprises locales, qui ont du mal à être compétitives ou n’ont simplement pas les moyens de l’être. Les touristes étant également de plus en plus exigeants, il est difficile pour eux de s’adapter. La vie reste toujours belle et paisible, mais bien différente d’avant.

Retour à la réalité, la canne se met à tirer, le fil se délie et tout s’active en un clin d’œil. Je me mets à la tâche, sans perdre une seconde, au rythme acharné des simagrées croissantes de Willy, qui tient à tout prix à ramener la prise. Ma canne virevolte de tous les côtés, puis après plusieurs longues minutes de sueurs, j’aperçois enfin l’immensité de cette bête des mers. Un mastodonte de 22 livres fait son arrivée à bord et confirme la réussite du jour.

De retour sur l’île, le capitaine officialise fièrement la bonne pêche et partage le butin entre tous. Une partie pour eux, une pour moi et une pour le restaurant qui m’offre gracieusement le repas de ce soir. Pour le menu, Sam respecte ses engagements et me propose une pièce cuite avec de l’ail, une autre dans une panure à l’huile de noix de coco et une dernière mijotée dans le lait de coco. Le tout servi avec riz et coconutbread, une spécialité locale faite de farine de bananes séchées au soleil et de lait de coco.

Dans l’attente, assis au bar, bercé par les rythmes musicaux, j’aperçois les derniers rayons de soleil se faufiler au loin entre mer et bateaux. Pour un long instant, je vibre en harmonie avec cette valse de couleurs. Je suis paisible, je suis heureux. Sam, de retour de sa cuisine, s’accoude au bar et me regarde le sourire aux lèvres. Il voit que j’ai compris un truc. Puis, il revient avec tout un festin qui surpasse, et de loin, mes attentes. Tout est bon, tout est tendre et il est difficile de m’arrêter, même bien rempli. Un vrai festin!

La peau du ventre bien tendue, je rentre à pied, sous le ciel étoilé, vers ma petite hutte au bord de la mer. Le bruit des vagues, qui se frappent quasiment sous mon lit, m’accompagne doucement versles bras de Morphée, en route pour d’autres aventures. La vie sur une île, ça remet en perspective les petits bonheurs de la vie.

- Maxime Bellefleur

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