Quand le mot « famille » prend tout son sens…

14 mars 2016

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Jalil Wakfie, sa femme Hadil et sa fille Selena font partie des 4 000 réfugiés syriens qui viennent d’arriver au Québec. Pour fuir la guerre, ils ont dû quitter leur famille, leur ville, leur monde… Fort heureusement pour eux, le 28 décembre dernier, quelqu’un les attendait impatiemment à l’aéroport de Montréal. Samir Wakfie, l’oncle de Jalil installé à Montréal depuis près de 50 ans, les a parrainés.

La jeune famille vivait à Alep, l’ancienne capitale économique et industrielle de la Syrie, assiégée par les rebelles et les islamistes depuis 2012. Au moment d’écrire ces lignes, la « bataille d’Alep », que l’on considère comme un tournant dans la guerre civile syrienne, fait rage. Une guerre que la famille Wakfie peut suivre, en temps réel, à la télévision. Pour nous, c’est presque du cinéma. Pour Jalil et Hadil, c’est la réalité quotidienne de ceux qu’ils ont laissés derrière eux.

Dans le confort du salon montréalais de l’oncle Samir, arrivé durant l’année de l’Expo 67 et dont les enfants sont nés et ont grandi ici, il est difficile d’imaginer qu’il n’y a pas si longtemps, Jalil, Hadil et Selena fuyaient les bombes et les jihadistes, pour se réfugier à Beyrouth.

C’est pourtant ce qu’ils ont fait. Ils n’en pouvaient plus des obus, des routes coupées, des pénuries d’électricité, d’eau courante, de mazout et de bonbonnes de gaz pour cuisiner, des flambées de prix… Étant jeunes, ils avaient la possibilité de le faire. « Le père de Hadil a rempli les papiers pour venir ici, mais il a ensuite changé d’idée », explique Samir. « On ne reconstruit pas sa vie à 70 ans. »

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Alep ne meurt jamais

Pour Samir, qui a vécu au Québec plus longtemps qu’en Syrie, c’est dans cette reconstruction « intérieure » des Syriens que se posera le véritable défi, et non dans la reconstruction de la ville d’Alep. « Alep ne meurt jamais. C’est l’un des berceaux de la civilisation, une des premières villes habitées au monde. Les tremblements de terre et les guerres n’ont pas eu raison d’Alep. Conquise tour à tour par l’Empire byzantin, l’Empire ottoman et d’autres envahisseurs qui suivaient la route de la soie, elle renaît toujours de ses cendres. C’est terrible, ce qui se passe là-bas. Je ne doute pas que le pays va se relever, mais ça va être très très long. »

Jalil et Hadid sont extrêmement reconnaissants envers leur oncle, bien sûr, mais aussi envers le Québec, le Canada, la Croix-Rouge et l’ONU, qui leur ont permis de se retrouver ici en toute sécurité. Mais s’ils sont très soulagés, ils sont aussi profondément ébranlés. Ce départ ne faisait pas partie de leur « plan de match ». Interrogés à savoir s’ils ont l’espoir de rentrer chez eux, un jour, ils répondent « qu’ils ne voient pas comment ils pourraient ne pas y retourner ».

Tout ça est arrivé si vite, ils en ont encore le souffle coupé. Hier encore, Jalil travaillait pour l’entreprise familiale et Hadid créait des bijoux à l’ordinateur. Ils envisagent l’avenir ici avec beaucoup de courage et attendent avec impatience de commencer leurs cours de français pour ensuite pouvoir se trouver du travail. Leur petite Selena, six ans, fréquente l’école depuis janvier, et elle se débrouille déjà très bien en français.

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Hospitalité à la syrienne

En fin d’entrevue, Jalil, Hadid et Samir ne nous laissent pas partir sans nous avoir offert de partager un repas avec eux. Au menu, houmous, baba ganoush, taboulé, baklavas – tout cela fait maison – avec du vin. Au fond de la cuisine, la télévision demeure allumée, sur la guerre…

La petite Selena écoute un épisode de Caillou pour la troisième fois sur un iPad, elle rit aux éclats. Ses parents voient à ce que les convives ne manquent de rien. Son grand-oncle, qui se remet d’une mauvaise grippe, explique les étapes à venir, notamment l’installation de la petite famille dans un appartement, qu’il faudra entièrement meubler. Il se met ensuite à parler de Charlevoix, une région qu’il a adoptée, de ses baleines et du fleuve Saint-Laurent.

La vie, la vie, quoi… Sur fond de résilience et de générosité.

Quelques chiffres…

  • 2 166 réfugiés syriens sont arrivés au Québec en 2015, dont 2 151 étaient parrainés. En 2016, ce nombre s’élève à 1 798 à ce jour, dont 1 304 sont parrainés.
  • Plus de 4 millions de réfugiés ont fui la Syrie depuis le début de la guerre civile, dont plus de la moitié étaient des enfants.

Source : www.immigration-quebec.gouv.qc.ca

- Renée Senneville

Photographie: Jean-Jacques Bourdages

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