Rencontre au sommet

19 juin 2012

Bénévole pour la Fondation Gilles Kègle, Colette Gaulin décidait, l’automne dernier, de se lancer un défi de taille : escalader le Kilimandjaro.

« Je n’aurais jamais cru vivre ça un jour. »
Dans ses yeux bleu océan, l’émerveillement se mêle à l’incrédulité. Colette Gaulin semble encore surprise de sa propre réussite. Et pour cause.  Le sommet du Kilimandjaro, beaucoup en rêvent, mais peu s’y rendent. Sans doute faut-il une bonne dose de détermination, de persévérance et… un brin de folie.

Sixième et dernière enfant d’une famille très modeste, Colette est initiée très jeune à l’« effort collectif ». À Sainte-Marie, en Beauce, sa famille occupait une vaste maison. Pour joindre les deux bouts, ses parents y accueillaient des pensionnaires et y exploitaient – en véritables visionnaires – la première friperie au Québec! Bref, la maison était toujours pleine de monde et chacun devait mettre la main à la pâte.

Au secondaire, première expérience de bénévolat pour l’étudiante avec Ambulance St-Jean. Déjà, la vocation médicale se pointait. Elle était « de garde » dans les arénas, pour les premiers soins aux sportifs. Après ses études de médecine, c’est à l’hôpital de Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, qu’elle a décroché son premier emploi. Urgence, obstétrique, soins intensifs : « il fallait être polyvalent. » Quelques années plus tard, Colette obtient une maîtrise en santé publique et, depuis l’an 2000, c’est au ministère de la Santé qu’elle poursuit sa carrière.

« Un peu plus haut, un peu plus loin… »
En décembre 2010, une collègue de travail lui a proposé d’être bénévole pour la Fondation Gilles Kègle. Elle ne se doutait pas encore que son implication la mènerait en Tanzanie! C’est par Marc Provost, le directeur de la Fondation, qu’elle a entendu parler du projet d’expédition. D’abord volontaire pour participer à la campagne de financement, elle était tentée par l’expérience, mais doutait de sa capacité. « J’ai toujours fait du plein air et j’suis plutôt en forme, mais s’attaquer au Kilimandjaro… c’était une autre paire de manches. »

Puis, la fibre communautaire s’est mise à vibrer et l’aventurière, à rêver. Des papillons dans le ventre, elle plonge dans l’aventure, à l’automne 2010. Son premier défi : ramasser 10 000 $. Pas évident, mais grâce aux nombreuses collectes organisées, elle peut passer à l’étape suivante, plus intensive, celle de la préparation mentale et de l’entraînement physique. Celle où les participants sont aussi sensibilisés à tous les écueils de ce type d’expédition. Colette et trois autres médecins du groupe décident alors de préparer une trousse de premiers soins polyvalente qui leur permettra d’intervenir efficacement en cas de problème.

Puis, c’est le compte à rebours et les multiples détails de dernière minute. « Certaines personnes m’encourageaient, mais d’autres évoquaient les risques de l’expédition ». Colette sent la tension monter quotidiennement. Lorsqu’elle grimpe avec les autres participants dans l’autobus qui les conduit à l’aéroport Trudeau, elle se sent fin prête. Le trac s’envole et une belle fébrilité s’installe.

La solidarité, l’entraide et le partage
ont vraiment fait toute la différence;
on se sentait soutenu par les autres.

 

« Je veux aller encore plus loin… »
À l’arrivée, l’excitation est à son comble : les 37 grimpeurs rencontrent leurs porteurs et guides. Pas moins de 135 personnes accompagneront le groupe pour assurer le transport des bagages, de la nourriture et de l’équipement.

Un dernier rappel des consignes de sécurité et c’est la première montée, de 1 800 à 3 000 mètres. La forêt fluviale se laisse traverser aisément, malgré la petite pluie. À l’arrivée au camp, les guides ont déjà monté les installations et les tentes. Ouf!

Si la deuxième journée est difficile – monter à 3 900 mètres sous une pluie tenace mêlée de neige –, la troisième journée s’avère encore plus éprouvante : escalade à 4 700 mètres et redescente à 3 900 mètres pour l’acclimatation. Les ruisseaux, gorgés d’eau, sont difficiles à traverser et les vêtements sont trempés. Les grimpeurs souffrent du froid et certains commencent à ressentir les effets de l’altitude, hypothermie, maux de tête, gastro-entérite, etc. « Nous, les médecins, on faisait face au défi supplémentaire d’aider les personnes atteintes. »

« Peut-être bien qu’un peu plus haut… »
En dépit de ces complications, le moral des troupes tient bon. Selon Colette « la solidarité, l’entraide et le partage ont vraiment fait toute la différence; on se sentait soutenu par les autres. » Pour se donner du courage, ils s’inspirent de Gilles Kègle. « On pensait souvent à lui durant l’expédition, confie Colette. On se disait que lui, il n’arrête jamais de prendre soin des autres. Il escalade son petit Kilimandjaro tous les jours. Ça, c’est du dépassement! »

Au jour 4, ascension à 4 000 mètres dans le brouillard et l’humidité. La pluie fait relâche et on tente de faire sécher ses bas… Au jour 5, c’est le programme ultime : montée à 4 700 mètres, puis repos jusqu’à 23 h, moment du réveil par les guides pour l’ascension au sommet. Seulement 30 personnes entreprendront cette dernière étape, les autres étant trop incommodés. Fatiguée, Colette commence à sentir ses forces l’abandonner, mais son guide la regarde en face et lui lance : « you’re gonna make it. » Heureusement. « C’était une nuit magique, indescriptible. On voyait plein d’étoiles dans le ciel et des éclairs en dessous des nuages, en contrebas, qui s’allumaient ici et là. Aussi, j’oublierai jamais l’image de cette procession de lampes frontales qui montent dans la nuit. »

« Je trouverai d’autres chemins. »
Lorsque Colette arrive au sommet, c’est l’euphorie générale chez les grimpeurs et l’émotion est à son comble. Il fait jour maintenant et la vue du mythique glacier s’offre aux participants, impressionnés. Pour Colette, c’est un moment unique, rempli d’une immense fierté. « Jamais je n’aurais cru pouvoir relever un aussi grand défi. Mais j’ai décidé de me faire confiance et j’ai trouvé en moi des ressources insoupçonnées. » À ce sentiment d’accomplissement, s’ajoute la satisfaction de s’être impliquée à fond dans une cause humanitaire. « J’ai l’ai fait pour moi, bien sûr, mais de penser aux personnes démunies que j’aurai pu aider m’a rendue doublement fière. J’ai réalisé
l’importance de l’engagement social. »

Dans son témoignage écrit de l’aventure, Colette a inscrit : « Aujourd’hui, il me semble que plusieurs rêves deviennent possibles. Il suffit d’y croire… » Peut-être faut-il se rendre un peu plus haut, un peu plus loin, pour trouver le chemin qui mène… à soi.
- SYLVIE LAMOTHE

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