Rencontre avec Claudia Larochelle

13 juin 2016

Figure bien connue du paysage médiatique et littéraire québécois, Claudia Larochelle a animé l’émission Lire sur les ondes d’ICI ARTV durant quatre saisons. Après avoir publié, il y a quelques mois, Je veux une maison faite de sorties de secours, un vibrant hommage à Nelly Arcan, elle se tourne pour la première fois vers la littérature jeunesse avec La doudou qui ne sentait pas bon. Enceinte et maman d’une petite fille de trois ans, la jeune femme s’est confiée sur ses préoccupations au sujet des femmes. Elle nous parle ici de maternité, d’image corporelle et de féminisme.

Claudia Larochelle-®Maude Chauvin

Quelle est la raison qui vous a amenée à écrire un livre pour enfants?

C’est la maternité. Depuis que ma fille est toute petite, je lui lis des histoires, ce qui m’a ouvert à la littérature jeunesse. J’ai vu qu’elle avait une obsession pour sa doudou et ça m’a donné l’idée du livre. J’ai lu plusieurs écrits sur ce phénomène de l’objet transitionnel et j’en ai compris l’importance. Mais je voulais inventer une histoire rigolote. À la même période, j’écrivais un livre sur Nelly Arcan [Je veux une maison faite de sorties de secours, Éd. VLB]. J’avais besoin de créer un espace de légèreté qui compenserait la lourdeur de l’écriture d’un tel ouvrage.

Justement, pourquoi avez-vous voulu rendre hommage à Nelly Arcan?

C’était une amie. J’ai voulu rétablir les faits, rendre compte de sa trajectoire. Nelly, ce n’était pas qu’un corps ou une souffrance. C’était un discours, une intelligence et une voix unique dans le paysage littéraire.

Récemment, vous vous êtes insurgée contre les commentaires que certains ont faits à propos du changement physique de Julie Snyder. Aujourd’hui encore, quand on est une femme, est-on jugé avant tout sur son apparence?

Oui, tout le temps. Et encore plus quand on est une personnalité publique. On devient une proie facile. Certaines se forgent une carapace, mais c’est difficile de ne pas céder à la pression. Je ne jugerais jamais les gens qui ont recours à la chirurgie, car je sais combien c’est dur de vivre avec son enveloppe corporelle quand on est scrutée de toutes parts. J’ai écrit sur Julie, mais ç’aurait pu être à propos de n’importe quelle autre femme.

Le phénomène de l’image des femmes est au cœur des livres de Nelly Arcan. En ce sens, son œuvre est-elle plus que jamais d’actualité?

Oui. C’était une avant-gardiste. Il y a eu certains progrès depuis sa disparition comme la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, mais il reste beaucoup de travail à faire.

Vous vous déclarez féministe. Selon vous, quels sont les combats qui restent à mener?

Il y en a beaucoup, surtout d’un point de vue international. Au Québec, nous sommes privilégiées, même s’il reste des batailles à mener, notamment celle de l’égalité des salaires. Les femmes qui nous ont précédées ont fait un bon bout de chemin. C’est pour cela que je me proclame féministe, sinon ce serait comme ne pas être fière d’elles, ne pas poursuivre leur philosophie. Il ne faut pas s’asseoir sur nos lauriers. Mais je constate qu’ici la plupart des hommes qui sont dans la trentaine et la quarantaine marchent à nos côtés. C’est très encourageant.

Quand vous pensez à l’avenir, avez-vous peur pour votre fille?

Naître femme est une malédiction, comme je l’ai dit dans mon premier roman [Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps. Éd. Leméac]. Mais elle n’a que trois ans. Et je peux vous dire qu’avec moi, elle va être très bien armée pour affronter cette problématique!

Quels sont vos projets à court terme?

Il y aura sûrement une suite à la Doudou. Je suis aussi en train d’écrire un récit intime.

Les bonnes filles plantent des fleurs au printemps était un recueil de nouvelles très sombre. Votre prochain récit sera-t-il dans la même veine?

Non, cette période de ma vie est terminée. Je regarde ce premier roman avec beaucoup de tendresse, car il a été un véritable exutoire. Mais, aujourd’hui, je suis soulagée d’être passée à autre chose.

ICI ARTV a annoncé que l’émission Lire ne reviendrait pas en ondes cet automne en raison d’un manque de fonds…

C’est exact, malheureusement. Mais le Club de lecture restera tout de même à la disposition du public sur le site d’ICI ARTV.

Vous pouvez retrouver Claudia Larochelle tous les vendredis au Téléjournal Grand Montréal 18 h de Patrice Roy pour ses conseils de lecture et sur www.avenues.ca où elle signe chaque semaine un billet culturel.

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  • La doudou qui ne sentait pas bon de Claudia Larochelle, Éd. de la Bagnole. Illustrations de Maira Chiodi.

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  • Je veux une maison faite de sorties de secours : réflexions sur la vie et l’œuvre de Nelly Arcan, Collectif, Éd. VLB.

Entrevue Lire

Quel est le livre qui vous a le plus marquée?

Les mots pour le dire de Marie Cardinal.

Quel est le livre que vous relisez régulièrement?

Écrire la vie d’Annie Ernaux.

Quel est l’écrivain décédé que vous auriez aimé rencontrer?

Marguerite Duras et Virginia Woolf.

Cette année, quel est le livre que vous recommanderiez à nos lecteurs?

Il y en a plusieurs : Les maisons de Fanny Britt, Les sanguines d’Elsa Pépin, Les Murailles d’Érika Soucy et les deux romans de David Goudreault, La Bête à sa mère et La Bête et sa cage.

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- Diane Stehlé

Photographie: Maude Chauvin

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