Sandrine Bisson – Discrète, mais bien présente

20 avril 2015

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Son nom ne vous dira probablement rien, mais si je vous précise qu’elle jouait la mère de Ricardo Trogi dans le film 1987, vous la verrez apparaître sous vos yeux telle qu’elle y était, verbeuse, fumeuse, chialeuse et… plutôt intense! Cette prestation, fort remarquée, aurait d’ailleurs pu lui valoir le Jutra de la meilleure actrice de soutien, sans le tsunami Mommy, qui a tout ramassé. « C’est pas grave, avoue-t-elle, moi-même j’aurais voté pour Suzanne Clément. Elle était tellement extraordinaire! »

Modeste et plutôt méconnue, Sandrine Bisson ne fait pas de bruit, mais, l’air de rien, elle fait son chemin dans le métier. Théâtre, télévision, téléroman, cinéma, elle est partout et nulle part à la fois. « Je ne suis pas le genre de comédienne qui porte une série sur ses épaules, mais j’ai eu beaucoup de petits rôles. » La liste est effectivement impressionnante, si l’on considère que la comédienne a joué dans plus d’une vingtaine de films dans les quinze dernières années et participé à une quantité de téléséries, dont Toute la vérité, Mauvais karma, Trauma, 30 vies, Les beaux malaises, Mensonges et, plus récemment, Yamaska. Sandrine a aussi incarné une « receleuse » de bébés accouchés clandestinement, dans le Montréal des années 50, aussi laide et « mal amanchée » qu’antipathique, dans la magnifique télésérie d’époque Le berceau des anges réalisée par Ricardo Trogi. Sa propre mère lui aurait même lancé à propos de ce rôle : « À un moment donné, j’oubliais que c’était toi, pis j’t’haïssais !» Ce à quoi Sandrine a répondu : « C’est le plus beau compliment qu’on peut me faire. J’aime m’enlaidir pour jouer mes rôles. »

Un hiver bien rempli

Cette travailleuse acharnée ne s’ennuie pas depuis quelques mois. Actuellement sur les planches au Théâtre La Licorne, dans la pièce Cuisiner avec Elvis, elle a enfilé depuis février : un rôle au Théâtre Aux Écuries dans La beauté du monde, une présence comme porte-parole au festival Regard sur le court métrage, à Saguenay au début mars, et un autre rôle au Théâtre du Rideau Vert dans Avec Norm, à la mi-mars. L’hiver a également été ponctué de ses nominations à la Soirée des Jutra et au gala des prix Écrans canadiens pour 1987. Ouf!

La jeune femme doit aussi concilier son emploi du temps avec les exigences de la vie de famille. Mère d’une petite fille de cinq ans, elle est en couple depuis 16 ans avec un homme qui est le père de deux jeunes filles, maintenant âgées de 19 et 17 ans. « Je suis très organisée, assure-t-elle, même que je gère ma carrière moi-même et depuis que j’ai adopté cette formule, ça va super bien pour moi. Je n’ai qu’une agente de presse qui m’aide à gérer le côté public de ma carrière parce que je suis tellement timide que, même quand je suis en nomination dans un gala, j’entre par la porte d’en arrière pour éviter le tapis rouge. »

Un handicap, cette timidité? « Oui, ça me met des barrières, mais je me soigne. Et quand je joue, c’est beaucoup plus facile. » En fait, c’est dans ses personnages – souvent intenses, impétueux et fébriles – qu’elle se libère de sa timidité. Sandrine Bisson aime débiter de longues tirades de textes :« Je ne m’enfarge pas quand c’est clair dans ma tête. Ce n’est pas dans la diction que ça se passe, c’est dans l’intention, mais il faut bien posséder son texte. »

Un peu de recul

La comédienne s’offrira un temps d’arrêt, cet été, pour remplir son réservoir de créativité. Rien n’est à l’agenda pour le moment : « J’ai décidé de prendre un temps de recul, de ressourcement. Ça demande beaucoup de travail de se réinventer à chaque rôle et j’ai peur que ça devienne mécanique, à la longue. » On sent le perfectionnisme derrière le propos. Consciencieuse, Sandrine souhaite continuer à ne donner que le meilleur d’elle-même.

En terminant, j’ai demandé à Sandrine Bisson si elle rêvait parfois d’incarner une femme riche et raffinée, c’est-à-dire l’envers des personnages qu’elle a souvent joués : « Oui, et je passe le message autour de moi. Je voudrais montrer que je peux avoir de la classe et aller dans des zones différentes. C’est un rêve que je chéris. » Espérons qu’elle soit entendue. Y a-t-il un réalisateur dans la salle?

 

Bio express

Née le 22 juin 1975 à Québec

1999 : Promotion de l’École nationale de théâtre

2007 : Nomination pour le meilleur rôle de soutien dans Le Négociateur I et II au Gala des prix Gémeaux

2010 : Gagnante du prix Jutra de la meilleure actrice de soutien pour son rôle dans 1981

2015 : Finaliste pour le prix Jutra de la meilleure actrice de soutien pour son rôle dans 1987

2015 : Finaliste pour le prix Interprétation féminine dans un rôle de soutien pour son jeu dans 1987 aux prix Écrans canadiens

 

Trois questions à… Sandrine Bisson

Vous gagnez un gros lot de 25 M$, vous faites quoi?

Je fais un film, je me donne le premier rôle et j’embarque les gens qui sont importants pour moi.

Vous gagnez un gros lot de 1 M$, vous faites quoi?

Je ne fais rien, je l’économise pour l’avenir (j’suis plate, je le sais…).

Vous gagnez une somme de 5 000 $, vous faites quoi?

Je m’offre des soins beauté pour le visage (même si je sais que ça sert à rien…).

- Sylvie Lamothe

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