Soutenir les familles de donneurs d’organes

13 juin 2016

Plusieurs campagnes de sensibilisation nous incitent à signer notre carte de don d’organes et de tissus. Si le geste est essentiel et généreux, il ne se limite pas à une signature. Le don d’organes d’une personne décédée est une étape difficile pour sa famille, car le défunt doit être maintenu en vie artificiellement, ce qui retarde la période de deuil. Le docteur Pierre Marsolais, interniste intensiviste et coordonnateur médical du Centre de prélèvement d’organes de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, a souvent constaté des lacunes dans l’accompagnement des familles de donneurs. Il a donc mis sur pied la Mission du Dr Marsolais, afin d’aider les familles qui posent le geste le plus altruiste en période de deuil : sauver des vies.

credit Yves Saint-Jean

La Mission vise notamment à offrir une aide financière et psychologique aux familles des donneurs. Des histoires d’horreur, le docteur Marsolais en a vu plusieurs. Un homme de 32 ans meurt des suites d’un accident de voiture. Son père, atterré, accepte de procéder au don d’organes, mais il ne peut pas se rendre au chevet de son fils, car il est atteint de leucémie et n’a pas de transport adapté à ses besoins. Trois adultes perdent leur père. Ils consentent au don d’organes, mais ne peuvent être à ses côtés, car ils n’ont pas les moyens de payer quatre jours de stationnement. Une citoyenne d’origine ukrainienne de 32 ans meurt d’une réaction allergique aux arachides dans le métro. Sa mère réussit à récolter assez d’argent pour se payer un vol aller-retour entre Kiev et Montréal, afin de rapporter les cendres de sa fille. Durant ses trois jours à Montréal, la dame, qui a consenti au don d’organes, n’a pas mangé et n’a pratiquement pas dormi. Ces personnes ont sauvé une dizaine de vies à elles seules, mais aucun programme d’aide ne permettait de les soutenir et de reconnaître leur geste à sa juste valeur. Le dernier mot revient en effet aux familles, même si le défunt avait signé sa carte de don d’organes.

Devant cette injustice, le docteur Marsolais s’est empressé d’agir. Il a réuni différents partenaires, dont le Service de sécurité incendie de Montréal et le Service de police de la Ville de Montréal, pour fonder la Mission du Dr Marsolais et changer cet état de choses. Il a également contribué à l’implantation du Centre de prélèvement d’organes de l’Hôpital du Sacré-Cœur, qui permet entre autres d’effectuer plus de prélèvements, de réduire l’attente pour les familles endeuillées et de favoriser l’accessibilité aux lits des soins intensifs et au bloc opératoire pour le maintien des organes. Toutes ces mesures ont porté fruit, augmentant considérablement le nombre de prélèvements de l’hôpital.

Éduquer pour mieux aider

La Mission cherche également à casser les mythes entourant le don d’organes. Selon l’un d’eux, l’effort déployé pour ranimer une personne serait moins soutenu si sa carte de don d’organes est signée. « C’est bien mal connaître le système de santé, affirme Docteur Marsolais. Les médecins ne sont pas des conspirateurs à la recherche d’organes. Ce sont des gens empathiques et bienveillants. La priorité d’un médecin urgentiste est de sauver son patient, et il n’est pas impliqué dans le processus de transplantation. »

Un autre mythe, qui circule même parmi les médecins, est que la plupart des donneurs sont des accidentés de la route. « La très grande majorité des donneurs d’organes sont des gens qui meurent d’accidents vasculaires cérébraux ou d’arrêts cardiaques. Les accidentés de la route ne comptent que pour 19 % des donneurs d’organes. Plusieurs pensent que certains hôpitaux ne fournissent pas d’organes parce qu’ils ne sont pas des centres de traumatologie, mais c’est faux. » L’éducation passe également par l’explication de l’état de mort cérébrale, pour faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’un coma duquel on peut se réveiller.

Docteur Marsolais a reçu de nombreuses distinctions au cours de sa carrière, qui soulignent son implication exceptionnelle pour la cause du don d’organes depuis 25 ans. Même s’il est un homme extrêmement occupé, il multiplie les efforts pour faire reconnaître l’extrême générosité des familles de donneurs. Les médecins, des êtres empathiques et bienveillants? C’est le moins qu’on puisse dire!

Pour en savoir plus sur la Mission du Dr Marsolais ou pour faire un don : missiondocteurmarsolais.org.

- Joannie Langlois

Photographie: Yves Saint-Jean

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