Spécialiste du cancer

17 mars 2016

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Oui, on peut faire peur au cancer! Il y a dix ans, le chercheur Richard Béliveau, docteur en biochimie et directeur du Laboratoire de médecine moléculaire de l’UQÀM, publiait Les aliments contre le cancer, avec son collègue Denis Gingras. Cet ouvrage a connu un succès spectaculaire, devenant pratiquement la bible de ceux et celles qui choisissent de faire peur au cancer. Une seconde édition vient de paraître, qui inclut les conclusions de nouvelles études confirmant que, oui, nous avons le pouvoir de jouer sur notre santé.

AlimentsContreCancer

On dit que les humains seraient tous porteurs de tumeurs cancéreuses. Qu’en dites-vous?

Un grand nombre de microtumeurs apparaissent dans le contexte du « ballet incroyable » de la division cellulaire associée au développement de l’enfant et de l’adolescent, alors que des milliards de cellules se divisent chaque heure. Même à l’âge adulte, le corps humain continue chaque seconde à diviser des millions de cellules, dont plusieurs sont anormales. Ce sont les mutations de ces microtumeurs qui peuvent provoquer un cancer, des dizaines d’années plus tard. C’est l’ennemi à abattre : il faut créer un environnement qui lui soit hostile.

Pouvons-nous nous défendre contre ces mutations?  

La majorité des mutations sont aléatoires, elles se forment par pur hasard lors de la division cellulaire. Nous pouvons agir contre leur développement en adoptant un mode de vie qui ne fournit pas à ces « inopportunes » ce dont elles ont besoin pour croître.

Quel est-il, ce mode de vie?

Le Fonds mondial de recherche sur le cancer (le FMRC) a émis dix recommandations, en se fondant sur la compilation de plus de 400 000 études. Parmi celles-ci : maintenir un poids santé (un IMC entre 21 et 23), bouger au moins 30 minutes par jour, éviter les aliments transformés industriellement, consommer cinq à dix portions de fruits et légumes par jour et, évidemment, ne pas fumer. C’est prouvé : en y adhérant, le risque de développer un diabète de type 2 est réduit de 90 % et une maladie cardiaque de 80 %; le risque de faire un AVC diminue de 70 % et celui d’avoir un cancer… de 75 %! Malheureusement, moins de 15 % des Canadiens suivent ces recommandations, aussi simples soient-elles.

Quelles sont les répercussions du stress, de la pollution et de l’hérédité sur le risque d’avoir un cancer?

Contrairement à la croyance populaire, ces facteurs présentent un risque minime : le stress 0 %, la pollution 5 % et l’hérédité 15 %. La cigarette et l’alimentation sont les plus importants facteurs de risque, chacune responsable de 30 % des cas. L’alimentation agit de deux manières à l’égard du cancer. Premièrement, la surcharge calorique générée par l’alimentation industrielle conduit à l’obésité, génératrice de cancer. C’est pourquoi il faut être mince. Deuxièmement, certains végétaux contiennent des composés phytochimiques qui sont des agents anticancéreux, comme le sont les composés des chimiothérapies administrées en oncologie.

Pourquoi l’obésité est-elle génératrice de cancer?  

Être obèse et en santé, c’est un mythe. Même avec une petite surcharge pondérale, vous êtes « en inflammation » chronique, et c’est ce qui met le feu aux poudres du cancer. Chaque livre de gras nécessite 400 km de vaisseaux sanguins. Quelques kilos de trop font en sorte que vos cellules baignent dans un milieu hautement vascularisé, un des environnements les plus favorables au développement d’un cancer. L’obésité est une situation de perturbation physiologique majeure qui augmente le risque de développer tant du diabète et des maladies cardiovasculaires qu’un cancer.

Quand est-il trop tard pour changer nos habitudes de vie?

Il n’est jamais trop tard pour donner à votre corps la chance d’utiliser ses propres mécanismes de défense pour se protéger contre les maladies.

Et si on a un cancer?

La 10e recommandation du FMRC énonce que si vous êtes aux prises avec un cancer, vous avez vraiment avantage à suivre les neuf autres recommandations. Des études récentes tendent à démontrer que les meilleures habitudes de vie agissent autant (sinon plus!) pour freiner le cancer qu’en matière de prévention.

Vous arrive-t-il de tricher, parfois?

Souvent, bien sûr! J’ai beaucoup de mal à résister à une bonne tarte Tatin! Et, si je m’abstiens de manger les frites fabriquées en industrie qu’on nous sert habituellement au restaurant, les frites maison sont un autre de mes multiples péchés mignons. Ce n’est pas ce que l’on mange occasionnellement qui nous nuit, c’est ce que l’on mange tous les jours.

Pour voir un film sur le cancer où apparaît David Servan-Schreiber : http://thecwordmovie.com/

Pour suivre le Dr Richard Béliveau : www.richardbeliveau.org

Pour calculer votre poids santé : http://www.extenso.org/mythes-et-realite/calculez-votre/etes-vous-a-votre-poids-sante/

- Renée Senneville

Photographie: Julien Faugère

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