Sugar Sammy – Le monde à ses pieds!

30 avril 2014

Regard pénétrant, sourire ravageur, carrure imposante : Sugar Sammy intimide à première vue. Mais une poignée de main et quelques salutations suffisent à tomber sous son charme. On comprend vite pourquoi il est l’humoriste chouchou non seulement partout au Canada, mais aussi aux États-Unis, en Angleterre, en Chine, en Afrique du Sud et dans plus de vingt autres pays. Si la catégorie existait, Sugar Sammy remporterait sans aucun doute l’Olivier de l’humoriste s’étant le plus illustré hors Québec!

Fils de parents indiens qui sont venus s’établir à Montréal au début des années 1970, Samir Khullar, mieux connu sous le nom de Sugar Sammy, a grandi dans le quartier multiethnique de Côte-des-Neiges. C’est là qu’il a appris à jouer au hockey, qu’il a embrassé une fille pour la toute première fois, et surtout qu’il a appris à être ouvert à la diversité. « Tu ne peux pas habiter à Côte-des-Neiges et rester enfermé, nous dit-il. Ça m’a beaucoup appris sur les relations humaines, sur la façon dont nos différences peuvent nous unir. »

Déjà à l’âge de huit ans, Sugar Sammy voulait devenir humoriste. Il regardait Eddie Murphy et Johnny Carson, et était fasciné par ce qu’ils faisaient. « Tu parles, et les gens rient! C’est le meilleur job au monde! De faire ce que j’ai toujours voulu et de pouvoir en vivre, c’est merveilleux. » Sugar Sammy, contrairement à la plupart des humoristes québécois, n’a pas fait l’École nationale de l’humour. Et c’est ce qui le distingue des autres humoristes, selon lui. « L’École nationale est très bonne, mais les humoristes qui en sortent ont une structure de travail très similaire. Mon approche et ma manière d’écrire sont très différentes. Je ne voulais pas arriver avec une formule qu’on m’aurait enseignée. Je voulais tout apprendre par moi-même, dans les comedy clubs et dans les bars. Ce n’est peut-être pas le chemin que tout le monde aurait pris, mais je ne me serais pas vu faire autrement. »

Un succès inattendu

Sugar Sammy a commencé sa carrière au Canada et aux États-Unis en anglais, ce qui explique que ça ait pris autant d’années avant qu’on le découvre dans sa province natale. Il se produisait en spectacle partout dans le monde depuis quelque temps déjà quand on l’a connu au Québec, il y a environ quatre ans. « Je n’étais pas sûr que ma façon de faire de l’humour, le stand-up à l’américaine, passerait au Québec francophone. J’ai été agréablement surpris de la réaction. Je savais qu’il y aurait un marché pour ce que je fais, mais je ne pensais pas que ça deviendrait aussi grand public. »

Du succès, il en a eu dès sa première apparition au Festival Juste pour rire. Mais ses prises de position politiques ont aussi fait face à la critique, surtout de la part des fervents souverainistes. « Pas de la part des journalistes, pas des gens sérieux! dit-il en riant. Une minorité de souverainistes sont hostiles à ce que je fais, à la volonté d’un Québec fort dans un Canada uni et au bilinguisme, que je mets beaucoup de l’avant. » Sugar Sammy insiste sur le fait qu’il est possible d’aimer à la fois le Québec et le Canada, que l’un n’empêche pas l’autre. Même chose pour le multilinguisme qui, pour l’humoriste qui parle couramment quatre langues (anglais, français, hindi et punjabi), est une richesse. « Quand j’aurai des enfants, c’est sûr qu’ils vont apprendre au moins trois langues. C’est un avantage indispensable. »

Les quatre langues qu’il parle permettent à Sugar Sammy de faire rire d’un océan à l’autre. D’ailleurs, après sa tournée au Québec, il reprend la route pour une tournée canadienne, une série de spectacles à Dubaï et une tournée aux États-Unis. Sugar Sammy a vu bien du pays et a vécu quelque temps à Los Angeles, mais son chez-soi demeure le Québec. « Je vais toujours garder des racines ici, même si un jour le Québec devient un pays! dit-il, un sourire en coin. J’adore le Canada et il n’y a rien de mal là-dedans, ce n’est pas un crime! Mais si j’avais une province à choisir, ce serait le Québec. En fait, les trois villes où j’habiterais au Canada sont Montréal, Vancouver et Québec. »

Un spectacle renouvelé

Sugar Sammy aime le Québec, et le Québec l’aime! Avec plus de 200 000 billets vendus, son spectacle En français SVP! et son spectacle bilingue You’re Gonna rire ont valu à l’humoriste les statuettes du spectacle de l’année et de l’humoriste de l’année au dernier gala Les Olivier. Sugar Sammy laisse une grande place à l’improvisation dans ses spectacles, et ses moments d’interaction spontanée avec le public deviennent vite viraux sur les réseaux sociaux. « Ce serait très facile pour moi d’arriver sur scène et de livrer le même spectacle chaque soir. Mais ce défi de trouver de nouveaux gags, ça me donne un air plus naturel. Je suis plus attentif à mon public. Je pourrais facilement arriver sur scène avec mon micro et donner le même show. Et tu le vois avec certains humoristes, toujours la même virgule partout. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles plusieurs personnes reviennent me voir souvent. Une fille est venue voir sa dix-huitième représentation la semaine dernière, une autre est venue au moins douze fois. Il y a toujours un peu de nouveau et ils amènent de nouvelles personnes chaque fois. » D’autant plus que le spectacle s’inspire beaucoup de l’actualité et que Sugar Sammy l’adapte aux différentes régions qu’il visite.

La famille avant tout

Les Québécois qui ne connaissaient pas encore Sugar Sammy ont pu le découvrir en février dans l’émission Ces gars-là. Inspirée de sa véritable relation d’amitié avec le comédien Simon-Olivier Fecteau, la série ne cesse de voir ses cotes d’écoute augmenter de semaine en semaine. Le public en redemande, les réseaux sociaux s’emballent et on parle de l’émission partout. On parle souvent à l’humoriste des deux comédiens torontois qui personnifient ses parents, deux personnages tellement drôles et attachants. « C’est calqué sur eux! nous dit-il avec un large sourire. Mes parents sont déjà fiers, mais chaque fois qu’ils voient que je les ai intégrés dans le show, ils sont encore plus fiers! »

L’humoriste de 38 ans ne s’en cache pas : ses parents sont extrêmement importants pour lui et il n’y a pas si longtemps qu’il n’habite plus chez eux. Il demeure toutefois tout près et les visite régulièrement. Ils sont très fiers du succès de leur fils, mais « ils ne sont pas du tout impressionnés! dit-il en riant. Ça ne change pas la hiérarchie dans la maison; mon père reste mon père et ma mère reste ma mère, et quand ils me donnent des ordres, je dois suivre! » Mais Sugar Sammy n’aurait surtout pas voulu que son succès change quoi que ce soit à la relation qu’il entretient avec ses parents. « Ça me garde terre-à-terre. Je pense même que le succès que j’ai eu m’a rapproché encore plus d’eux. Je sais qu’ils étaient là avant tout ça, je sais qu’ils seraient là si tout ça n’existait plus. Si un jour on m’enlève tout mon succès et que je retourne travailler dans un bureau de neuf à cinq, ils seront là. Et ils seront aussi fiers et m’aimeront autant. » Il est donc très reconnaissant envers ses parents, à qui il donne d’ailleurs tous les trophées qu’il remporte. Ils en sont très fiers et suivent sa carrière assidûment. « Ma mère est toujours sur ma page Facebook, en train de lire les commentaires et de les liker. Mon père découpe tous les articles de journaux, enregistre tout ce qui passe à la télé. Si tu viens chez nous, c’est sûr que tu ne pars pas sans regarder une vidéo de Sugar Sammy! dit-il en éclatant de rire. Peu importe qui tu es, même le gars qui vient réparer le câble! »

Des parents fiers, une carrière fort envieuse et une émission nouveau genre couronnée de succès : Sugar Sammy a le vent dans les voiles. Heureusement qu’il garde un pied-à-terre au Québec, car le monde entier se l’arrache!

- Joannie Langlois 

Photographies: Christyna Mérette

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