Toucher les gens par la beauté du monde…

17 juin 2015

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Chose sûre, Jean Lemire a besoin du grand air. Il vit à la campagne, mais se garde un pied-à-terre à Montréal. Il s’est inventé un espace où l’intérieur et l’extérieur se rejoignent. Un système ingénieux de portes qui se replient en accordéon fait disparaître un mur complet de son appartement, offrant une vue sans obstacle sur la montagne. Après avoir passé autant de temps sur le pont d’un bateau, il avait besoin d’un contact direct avec les étoiles, même en ville.

Biologiste, cinéaste, marin, communicateur ou photographe? Il vous répondra qu’il est surtout un grand rêveur. Qu’après plus de trente ans d’expérience, il a compris que c’est ce qui l’a mené là où il est.

Une invraisemblable aventure

D’ailleurs, comment aurait-il pu se lancer dans l’aventure du Sedna IV, s’il n’avait pas été rêveur? « Nous cherchions un simple voilier de 60 pieds, qui nous permettrait de partir en mission. Nous nous sommes retrouvés avec un voilier océanographique à trois mâts de 167 pieds! »

Tout a commencé sur les rives de la rivière Saint-François, où la famille Lemire de Drummondville avait un chalet. Jean passe son enfance à jouer dans le bois et développe un vif intérêt pour les oiseaux. Étudiant en biologie, il passe ses étés à Longue-Pointe-de-Mingan. En 1987, alors que Jean-Claude Lord y tourne La grenouille et la baleine, il agit comme conseiller scientifique auprès d’André Melançon, coscénariste du film. On lui confie un tout petit rôle… celui d’un cinéaste. Un signe du destin? En tous cas, le point de départ d’une aventure « bicéphale » (cinéma/biologie) qui a pris plusieurs détours et qui a touché le cœur de tous les Québécois.

Doctorat honoris causa de l’UQAR, Grand ambassadeur de l’Université de Sherbrooke, Prix MIDORI, Ordre du Canada, moult prix dans le domaine médiatique, les distinctions reçues se comptent par dizaines. « Bien sûr, j’ai été touché par tout ça, mais ce qui compte le plus, pour moi, c’est la relation que mon équipe et moi avons pu établir avec le public. Je suis très fier des multiples programmes pédagogiques dérivés de nos missions, qui sont devenus une référence dans le domaine scolaire et qui suscitent l’intérêt des jeunes. »

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La fin d’une épopée…

C’est bientôt la fin de la série télévisuelle 1000 jours pour la planète. Triste constat : de l’avis de Jean Lemire, c’est aussi la fin des grandes missions comme celles auxquelles il a participé. Les télévisions généralistes ne seront plus en mesure d’y participer. Cette série a d’ailleurs été touchée, en cours de route, par les coupures de la Société Radio-Canada. Heureusement, Canal D s’est porté à sa rescousse. Qu’adviendra-t-il du Sedna IV? Jean Lemire, aujourd’hui l’unique propriétaire, aimerait qu’il demeure au Québec et qu’il devienne un bateau-école sur le Saint-Laurent.

Initier le changement

Pour clore la série, il nous prépare une œuvre plus personnelle, plus poétique. « J’ai envie de toucher les gens par la beauté du monde, avec des histoires ordinaires racontées par des gens ordinaires, plutôt qu’un narrateur. Aux îles de la Madeleine, par exemple, toute une génération de pêcheurs risque de disparaître. J’espère arriver à montrer par des images ce que je ressens pour le golfe du Saint-Laurent et l’Arctique, pour amener les gens à réfléchir et à initier le changement. C’est utopique, mais je crois qu’on peut créer un monde meilleur. »

Une symphonie maritime

À court de projets, Jean Lemire? Bien sûr que non. D’ici quelques années, vous entendrez sûrement parler du Requiem en bleu majeur, une symphonie maritime en sept mouvements. Ce projet l’habite depuis longtemps. Comme dit la maxime, si vous n’avez pas de rêve, comment vos rêves peuvent-ils se réaliser?

Il parle de se refaire des racines ici. Ou de repartir. Après tout, Ban Ki-moon l’ayant nommé « ambassadeur de la vague verte pour la diversité biologique », il pourrait se lancer à l’international. Mais le prix à payer, quand on part sans cesse à l’aventure, est élevé. Il rêvait de fonder une famille… En tous cas, il fait rêver des milliers d’enfants, et vibrer leurs parents.

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Les grandes expéditions du Sedna IV

Le Sedna IV est acquis en 2001, et transformé en un studio de production cinématographique maritime.

  • Mission Arctique (2002) – le bateau franchit le passage du Nord-Ouest
  • Mission Baleines (2003)
  • Mission Antarctique en 2005-2006 (430 jours sans escale!)
  • 1000 jours pour la planète (2012) – un tour du monde sur trois ans, pour traiter de l’état de la biodiversité mondiale

Une communauté virtuelle, bien avant Facebook!

Le Sedna IV est muni d’un système de communication par satellite, qui a permis à des centaines de milliers de jeunes et moins jeunes de suivre, à titre de matelot ou de marin « virtuel », les aventures du Sedna.

- Renée Senneville

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