Très chers petits-enfants

26 novembre 2015

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Pour la première fois, le généticien et militant écologiste David Suzuki a laissé de côté les chiffres, les enjeux écologiques et la science pour se concentrer sur l’histoire; la sienne et celle de sa famille. En portant son chapeau de grand-père, l’environnementaliste nous fait découvrir une partie de sa vie, jusqu’ici restée secrète. Dans Lettres à mes petits-enfants, David Suzuki aborde sa jeunesse, celle de ses parents, son adolescence et sa vie en famille, en « espérant faire réfléchir les autres sur leur propre existence ». Une histoire à la fois émouvante et inspirante. L’auteur a accepté de répondre à quelques questions.

Vos six petits-enfants semblent avoir éveillé quelque chose en vous. Que vous ont-ils apporté?

J’étais tellement dans la science avant. Maintenant, je peux passer des heures à les regarder jouer. C’est impressionnant de voir comment un bébé apprend le langage, par exemple. Ils partent de zéro et apprennent si vite.

Qu’aimeriez-vous leur léguer?

Je veux leur transmettre ce que j’ai appris dans la vie. Je m’interroge donc sur ce que j’ai fait, ce que j’ai réussi au fil des ans. Les gens qui liront ce livre, je voudrais qu’ils pensent à ce qu’ils aimeraient léguer à leurs petits-enfants.

Un de vos petits-enfants souffre d’un handicap grave. A-t-il été difficile pour vous de l’accepter?

C’est certain que nous étions très tristes lorsque nous l’avons appris. À la base, ma fille n’était pas du genre à dorloter des bébés, mais j’admire la mère qu’elle est devenue. Elle est incroyable! Tellement, qu’au début, je ne reconnaissais pas ma fille. L’humain est capable de surmonter n’importe quelle épreuve avec de la volonté. Vivre avec ce handicap tous les jours, c’est très difficile. Ses deux parents sont psychologues et ils lui ont appris à utiliser une partie différente de son cerveau.

Aimeriez-vous que vos petits-enfants soient engagés socialement?

Bien sûr! Et je sens qu’ils commencent à le devenir. Pour moi, voter, c’est s’engager et je veux qu’ils défendent leurs convictions.

Vous abordez aussi la question du racisme dans votre livre. Craignez-vous que vos petits-enfants puissent en être victimes encore aujourd’hui?

Bien sûr! Encore trop de gens ont des préjugés et véhiculent des stéréotypes. Ça ne sera pas facile de changer ça, même si beaucoup de progrès a été fait.

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Vous critiquez aussi nos rythmes de vie effrénés, notamment en raison de la technologie. Croyez-vous que nous assisterons à un revirement de situation au cours des prochaines années?

Assurément. Ils vendent trois millions d’iPhone 6 en deux jours et, un mois plus tard, on se demande quelle sera la prochaine étape. Mais tout ce qui compose un téléphone vient de la terre, ça ne peut pas continuer ainsi. Quand les choses deviendront plus coûteuses, nous allons sûrement vivre un certain ralentissement. Mais, actuellement, tout est fait pour être utilisé, puis jeté. Quand j’étais petit, ma mère achetait un manteau pour moi, et mes frères et sœurs plus jeunes le portaient ensuite. Un manteau pouvait servir à trois enfants.

Êtes-vous confiant pour l’avenir de la planète?

Ça va prendre un gros changement, à la grandeur de la planète. La conférence sur le climat de Paris aura lieu bientôt. Là, 195 pays essaieront de trouver une solution pour sauver la planète qui, en théorie, n’appartient à personne. Ça signifie 195 dirigeants qui défendront 195 économies, et on tentera de placer l’environnement parmi leurs priorités. L’économie passe avant l’air dont notre vie dépend et on demande à la nature de s’adapter à l’économie, c’est insensé!

Croyez-vous que les enfants d’aujourd’hui sont trop gâtés?

Pas volontairement, mais oui, ils le sont. Ils sont élevés dans un monde où la consommation est un mode de vie. Ils regardent la télévision et voient des publicités; ils apprennent ainsi à devenir des consommateurs dès leur plus jeune âge.

Si vous n’aviez pas été un militant écologiste, qu’auriez-vous aimé faire?

J’ai œuvré dans le monde de l’environnement et de la science et ce n’est pas un domaine comme les autres, c’est une façon de penser. Il y a, par contre, plusieurs choses que j’aurais aimé faire, comme jouer du piano et travailler le bois. Peu importe ce qu’on fait, il faut le faire avec le cœur…

En terminant, que souhaitez-vous à notre planète pour Noël?

J’espère que nous assisterons à une révolution. On ne pourra pas toujours se contenter de mettre des pansements pour tenter de résoudre le problème. On travaille trop pour produire plus. Si on changeait nos mentalités, nous aurions plus de temps avec nos enfants, notre famille et nos amis. Nous n’aurions pas des télévisions de plus en plus grosses, mais j’ose croire que nous serions plus heureux…

- Élisa Cloutier

Photographie: Stéphanie de la Ronde

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