Une histoire de courage et de résilience

11 février 2015

Maison d'Haïti 7

Le 12 janvier 2010, à 16 h 53, la terre se mettait à trembler en Haïti. « Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je me tenais fermement à la rampe d’un escalier et je sentais une force phénoménale me pousser vers le sol », raconte Peggy Larose, dont la destinée a diamétralement bifurqué ce jour-là. Par miracle, elle n’a pas perdu ses enfants, âgés de 13 et 16 ans. L’immeuble dans lequel son fils devait avoir un cours de piano s’est effondré. Mais le professeur de piano étant absent, son garçon avait déjà pris le chemin du retour.

Myrtha Baptiste était, quant à elle, à l’intérieur de sa maison de la ruelle Vaillant, un joli quartier de Port-au-Prince, lorsqu’elle a soudainement entendu des hurlements de chiens. Les secousses ont suivi. « J’étais avec mon cousin, qui me rendait alors visite, et la petite fille de ma cousine. Nous nous sommes mis à répéter sans cesse “grâce à la miséricorde, grâce à la miséricorde”, ce que ma mère m’avait enseigné, toute petite. J’ai tout de suite pris la petite par la main et nous sommes sortis. » Dans la rue, les maisons s’écroulaient devant et derrière elle. Entendant des cris, elle est retournée chercher une petite voisine, sa protégée. Il n’était pas encore 17 h, et Myrtha Baptiste n’avait déjà plus de maison. Elle est immédiatement partie à la rencontre des autres enfants de sa cousine qu’elle a pu extraire juste à temps de leur maison avant que celle-ci ne se transforme en poussière. « Les enfants pleuraient, pleuraient, pleuraient… »

Un mois plus tard, après avoir dormi dans la rue, nuit après nuit, elle s’envolait pour Montréal, munie d’une toute petite valise. Sa fille l’y attendait. C’est elle qui avait fait toutes les démarches pour la faire venir ici.

Tous ceux qui ont vécu ce terrible moment, il y a cinq ans, en ont un souvenir clair et précis qu’ils ne peuvent évoquer sans émotion. Tous ont perdu des proches, des amis, des collègues, des voisins. Le bilan était catastrophique : 230 000 morts, 300 000 blessés, et 1,2 million de sans-abri.

Redonner ce que l’on a reçu

Aujourd’hui, Peggy Larose est intervenante, accueil et intégration, à la Maison d’Haïti. Les méandres administratifs de nos deux paliers de gouvernements n’ont plus de secrets pour elle. Elle reçoit les nouveaux arrivants, les aide à se refaire, à reprendre leur aplomb, à passer toutes les étapes qui les aideront à s’intégrer, avec leur famille. En fait, elle leur redonne ce qu’elle a elle-même reçu, à son arrivée à Montréal en juillet 2010. « Nous étions en état de choc, lorsque nous sommes arrivés, raconte-t-elle. Nous avions vu trop de choses horribles. Mais je suis maintenant chez moi, ici. Mes enfants vont au cégep, ce sont des Québécois. Jamais, sans le soutien de la Maison d’Haïti et sans le professionnalisme et le leadership extraordinaire de notre directrice, Marjorie Villefranche, je n’aurais pu m’intégrer si aisément. »

Une précieuse expertise au service des nouveaux arrivants

Myrtha Baptiste agit à titre d’intervenante en alphabétisation-francisation, dans le même établissement. Présente à titre de bénévole trois jours par semaine, elle met à contribution son expertise et sa longue expérience d’enseignante au service de ceux qui veulent apprendre le françaisà la Maison d’Haïti, qu’ils soient d’origine haïtienne ou autre. « J’étais perdue, à mon arrivée à Montréal. Complètement désorientée… J’ai commencé à venir à la Maison d’Haïti pour avoir accès à Internet, je pouvais ainsi m’informer de ce qui se passait chez moi. J’y ai été accueillie à bras ouverts. » Petit à petit, elle s’est impliquée, jusqu’à se voir confier plusieurs groupes par semaine, comme professeur de français. « À ce jour, c’est le réconfort que je trouve à la Maison d’Haïti qui me donne la force de continuer », tient-elle à ajouter.

Réagir plutôt que de tomber dans la morosité

Lorsque nous avons approché Marjorie Villefranche, directrice générale de la Maison d’Haïti, pour qu’elle nous dirige vers des gens qu’elle jugeait exceptionnels, pour notre chronique Coup de cœur, elle n’a eu aucune hésitation. « Ce sont deux femmes remarquables, qui ne se laissent jamais abattre, explique-t-elle. Elles sont arrivées ici après le séisme, et elles auraient pu tomber dans la morosité ou dans la tristesse, mais elles m’ont plutôt demandé : “Qu’est-ce que je peux faire?” Elles avaient décidé de réagir. Elles sont toutes deux infatigables, toujours partantes et enthousiastes. Elles représentent un véritable modèle non seulement pour leurs compatriotes, mais pour tous ceux qui font face à des écueils dans leur vie. »

La Maison d’Haïti a une mission d’éducation populaire. « Nous outillons les nouveaux arrivants pour qu’ils deviennent des citoyens autonomes. »

À ne pas manquer, au Centre d’histoire de Montréal jusqu’au 26 avril 2015, Raconte-moi… Haïti et Montréal, une exposition qui regroupe des photographies, des peintures, des installations et un documentaire (auquel a participé Myrtha Baptiste) témoignant du parcours d’adaptation et d’intégration des Haïtiens nouvellement arrivés à Montréal, suite au séisme du 12 janvier 2010.

- Renée Senneville

Photographie: Donald Courchesne

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