Une journée dans la vie de Rima Naim

14 mars 2016

Rima Naim - Montréal

Responsable de l’équipe d’intervention en sinistres individuels de la Croix-Rouge canadienne pour la région de Montréal et membre de l’équipe d’intervention d’urgence pour le Québec, Rima Naim ne s’arrête jamais, de jour comme de nuit…

Dix heures du matin, un jeudi gris du mois de janvier, à l’Aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau, Rima Naim est en poste. À titre de bénévole de la Croix-Rouge, on lui a demandé d’accompagner deux réfugiés syriens parrainés par l’État qui, arrivés à Montréal 48 heures plus tôt, doivent s’envoler vers l’Alberta. Le jeune couple vient de parcourir des milliers de kilomètres à pied, en autobus et finalement en avion, avec leurs jumeaux de dix mois… sans poussette. Durant les cinq heures passées avec Rima, la jeune femme ne lui posera que deux questions, en arabe : « Il y a des Syriens, en Alberta? » et « Où peut-on acheter des couches? ». Son mari, lui, serrera la main de Rima, à leur départ. Signe d’appréciation et de grande ouverture, puisque, de religion musulmane, il n’aurait pas dû toucher la main d’une femme autre que la sienne.

Les vrais héros, ce sont les sinistrés et les réfugiés

Rima sait par expérience qu’il n’est pas toujours nécessaire de parler, quand on accompagne des sinistrés ou, comme dans ce cas-ci, des réfugiés. Souvent, il suffit simplement d’être là, juste là… À son avis, les véritables « héros de l’ordinaire », ce sont des gens comme ceux-là, qui ont eu le courage de se déraciner pour donner une vie meilleure à leurs enfants. Ce sont aussi les milliers de sinistrés du Québec dont l’histoire passe souvent inaperçue, qui, après un incendie, une inondation ou toute autre catastrophe, se retroussent les manches pour se bâtir une nouvelle vie.

Credit - Immigration, Refugees and Citizenship Canada_083

Toucher à sa propre humanité

Ça fait dix ans qu’elle fait ça. Chacune de ses interventions l’enrichit de souvenirs que ni elle ni ceux et celles qu’elle accompagne n’oublieront. Chaque fois, elle a le sentiment de se rapprocher de sa propre humanité. « À la fin de la nuit, après avoir terminé ma mission auprès de personnes qui sont dans le besoin, je rentre chez moi. Je sais que mes enfants dorment paisiblement et que mon mari s’est occupé de tout, pendant mon absence. Ceux que je viens de quitter, par contre, font sûrement de l’insomnie, car ils doivent reconstruire leur vie. »

Quinze heures, ce même jeudi, Rima est à son bureau, dans la Petite-Italie. Elle travaille fort, comme elle a vu ses parents et ses grands-parents le faire. Spécialisée en finances et en gestion immobilière, elle est issue d’une famille d’immigrants libanais qui a dû quitter son pays en catastrophe pour le Canada, dans des conditions de crise. Les Naim ont su se refaire une vie nouvelle, à Montréal, mais ils n’oublient jamais les autres. Le bénévolat, ça fait partie de leur ADN.

Seize heures, elle arrive à la maison, après être passée à l’école puis à la garderie. Rima n’a ni l’allure ni l’attitude d’une Mère Teresa, qui a renoncé à tout pour se consacrer aux autres. Très heureuse en amour, maman de trois enfants dont l’aîné a six ans, elle profite au maximum de la vie. « L’une des premières choses qu’on nous enseigne, à la Croix-Rouge, c’est que pour pouvoir apporter son soutien aux autres, il faut d’abord s’occuper de soi. »

Son dynamisme, son sang-froid, sa volonté de changer les choses et son empathie naturelle se sont vite manifestés, après avoir joint la Croix-Rouge. Ce sont des atouts précieux quand on se trouve en situation de crise. On l’a donc rapidement nommée chef d’équipe du groupe d’intervention d’urgence de Montréal. Elle fait également partie de l’équipe d’intervention d’urgence pour tout le Québec.

« Il faut aimer être dans le feu de l’action, c’est sûr », nous dit-elle en riant. Pour décrire Rima, on pourrait emprunter à d’autres la devise Toujours prête. Elle ne se déplace jamais sans son « nécessaire » de la Croix-Rouge pour pouvoir, à tout moment, se diriger vers ceux et celles qui ont grand besoin d’être accompagnés.

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  • La Croix-Rouge, c’est 5 000 bénévoles au Québec, dont 610 à Montréal, et trois interventions par jour au Québec.
  • Depuis la mi-décembre 2015, 6 000 réfugiés ont été accueillis à Montréal par les bénévoles de la Croix-Rouge, en soutien au gouvernement du Canada.
  • Pour devenir bénévole pour la Croix-Rouge : partenairescroixrouge.ca

- Renée Senneville

Photographie: Croix-Rouge canadienne

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